L'Alberta : territoire énergétique

Situation géographique

L’Alberta est la plus grande des provinces des Praires canadiennes. Séparée de la Colombie-Britannique par les montagnes Rocheuses, elle se situe à l’ouest de la Saskatchewan. Au nord de la province, ce sont les Territoires du Nord-Ouest. L’Alberta abrite les trois parcs nationaux les plus importants et les plus reconnus au Canada : Banff, Jasper et Waterton.


L'Alberta (cliquer pour agrandir)

Le développement lié au pétrole et aux sables bitumineux

Histoire

Depuis la colonisation, les nouveaux habitants avaient déjà remarqué la présence de sables goudronneux le long des rivières. Ils voyaient même les Amérindiens utiliser cette substance visqueuse pour solidifier et étanchéifier leurs canots. Vers la fin du 19e siècle, des expéditions géologiques officielles sont lancées. On espère trouver de la richesse dans le sol albertain. On creuse même 24 puits de pétrole, dans l’espoir de trouver une source riche de pétrole pur et liquide. Ce sera en vain; il n’y a pas de gisements pétroliers aussi purs que ce qu’il y a en Arabie Saoudite.
 
Peu de temps après, des entrepreneurs tentent d’utiliser les sables bitumineux et d’en extraire le bitume. Certains réussissent et revendent leur bitume pour la construction des toitures et des routes.  Malheureusement, la technologie utilisée est coûteuse et l’entreprise n’est pas très rentable.
 
Au début du 20e siècle, on découvre tout de même quelques gisements de pétrole qui contribuent à l’essor économique des villes. Ce n’est que dans les années 70 que l’industrie pétrolière de l’Alberta connaît une véritable expansion : hausse de salaire, richesse, développement des villes à un rythme infernal, etc. Le tout grâce à une mine de sables bitumineux à ciel ouvert. Malheureusement pour la province, le prix du pétrole à radicalement chuté au cours des années 1980. Le processus d’extraction du pétrole étant plutôt onéreux, les profits sont minimes.
 
Depuis ce temps, les avancées technologiques ont permis d’augmenter l’efficacité de l’exploitation des sables bitumineux. La demande ne cesse d’augmenter par rapport aux produits pétroliers et aux autres sources, exploitées depuis longtemps et pouvant se tarir. C’est pourquoi l’industrie des sables bitumineux a connu une poussée phénoménale au cours des dernières années. Depuis que l’exploitation des sables bitumineux est possible, le Canada est dorénavant considéré comme la deuxième source de pétrole au monde, juste après l’Arabie Saoudite, avant même l’Irak et l’Iran.

Calgary

Située à quelque 1040 mètres d’altitude, cette ville qui fut l’hôte des Jeux olympiques d’hiver de 1988 est l’une des métropoles qui se sont le plus développées lors du boom des années 1970. L’industrie pétrolière y est encore bien présente : plus de 500 sociétés pétrolières ont leur siège social à Calgary.


Le centre-ville de Calgary (cliquer pour agrandir)

La ville s’est développée en premier lieu autour des années 1920, lorsque les premiers gisements pétroliers ont été exploités. D’ailleurs, dès 1924, Calgary était alimentée en électricité par le gisement de pétrole qui se trouvait tout près. En plus de l’activité pétrolière, il y a aussi une mine de charbon à proximité. De plus, Calgary organise chaque année l’un des plus grands rodéos : le Stampede.

Edmonton

Edmonton est la capitale de l’Alberta. Située au nord de la province, elle est la métropole la plus au nord de tout le pays. La ville donne facilement accès au Nord, via les Territoires du Nord-Ouest. Les hivers y sont très rigoureux. Edmonton est la plus grande ville pétrolière du Canada. Depuis 1947, elle n’a cessé de développer ses centres de productions énergétiques (gaz naturel, pétrole, raffineries).


La ville d'Edmonton (cliquer pour agrandir)

C’est aussi à partir de l’Alberta que les exportations de pétrole et de gaz naturel sont distribuées. Le pétrole et les huiles pétrolières voyagent via des oléoducs, un réseau de tuyaux qui transportent le pétrole, jusqu’à Vancouver. Il en va de même pour le gaz naturel qui est transporté par des gazoducs.  Outre l’industrie pétrolière, Edmonton abrite le plus gros centre commercial au monde, le West Edmonton Mall, et il y a des sources chaudes au pied des montagnes à proximité de la ville.

L'exploitation du pétrole

L'exploitation du pétrole sous forme liquide en Alberta se fait à l'aide de tours de forage, aussi appelée un derrick. Un creuse alors un puits jusqu'à la profondeur où se trouve le pétrole.


Un derrick près de la ville de Calgary
Source

L’exploitation des sables bitumineux

Exploiter les sables bitumineux exige une technique plus complexe que pour les gisements purs de pétrole. De manière générale, les sables bitumineux se trouvent en quantité suffisante sous la terre, l’argile et le sable qui composent le sol des rives de la rivière Athabasca. Il y a deux manières d’aller extraire les sables bitumineux.


Les gisements de sables bitumineux, en rouge sur la carte (cliquer pour agrandir)

La première manière nécessite la création d’une mine à ciel ouvert. Pour accéder aux gisements de sable, il faut alors couper les arbres et creuser un immense trou jusqu’à ce qu’on arrive à la même profondeur que les sables bitumineux.
 
La deuxième méthode d’extraction est beaucoup plus coûteuse, mais n’exige pas la construction d’une mine à ciel ouvert. Il faut alors creuser des puits qui se rendent jusqu’au gisement et envoyer de grandes quantités de vapeur d’eau. Cette vapeur va ramollir le bitume, il sera alors possible de l’extraire avec une pompe. Pour l’instant, cette technologie dite in situ ne représente que 12% de l’exploitation des sables bitumineux.

 
Fonctionnement d’une usine dite in situ (cliquer pour agrandir)

Dans un cas comme dans l’autre, un procédé complexe permet de retirer le bitume du sable pour obtenir des barils de pétrole pur. Pour y parvenir, il faut utiliser des barils dans lesquels on fait tourner les sables bitumineux avec de l’eau chaude et de la vapeur. Après cela, le mélange est tamisé et centrifugé. Par la suite, le bitume obtenu subit encore des transformations en étant distillé, chauffé et raffiné. Au bout de ce long processus, on obtient des barils de pétrole. Actuellement, on estime la taille du gisement de sables bitumineux en Alberta à une superficie équivalente à celle de la Californie.

Et le développement durable?

Pour rendre l’industrie et la technologie rentables, il faut que la production soit très élevée. Actuellement, un baril revendu environ 30$ va avoir coûté entre 10$ et 13$ à produire. Le territoire utilisé (au départ, ce sont des terres publiques) pour l’exploitation des sables bitumineux est au nord de la province, au cœur de la forêt boréale. Ce territoire est partagé entre les 20 compagnies pétrolières, dont Suncore, la plus grande. La méthode actuellement employée pour extraire et modifier les sables bitumineux inquiète les groupes écologistes pour plusieurs aspects.
 
La production de barils de pétrole a connu un essor spectaculaire : alors que la production annuelle était de 400 000 barils de pétrole en 1994, elle est passée à 1 200 000 en 2002. Les compagnies pétrolières et les gouvernements ont l’intention d’augmenter encore la production annuelle. Bien que ce soit une ressource non renouvelable peu écologique, la production pétrolière liée aux sables bitumineux ne cessera pas de se développer de sitôt. En effet, selon des prédictions, on estime que le sol albertain pourrait servir à produire environ 300 milliards de barils de pétrole. Et ce, même s’il faut utiliser un baril de pétrole pour en produire deux.

La quantité de sable excavé

Pour produire un baril de pétrole, il faut beaucoup plus de sable. En fait, seulement 11,5% du sable bitumineux est du pétrole pur. Cela veut donc dire qu’à partir d’une tonne de sable, seulement 115kg de pétrole pur sera produit. Les camions roulent donc nuit et jour, tout au long de l’année pour extraire et transporter le sable. Avec les sables extraits par ces camions, on serait capable de remplir quotidiennement le Stade olympique de Montréal.

L’état du sol lors de la création de la mine à ciel ouvert

Les sables bitumineux peuvent se situer jusqu’à 50 mètres sous le sol. Pour créer la mine à ciel ouvert, on doit donc raser toute la forêt boréale qui couvre le sol. Par la suite, on détruit la surface de terre morte (gravier, sable, argile) pour pouvoir accéder aux sables bitumineux.
 

Une mine à ciel ouvert (cliquer pour agrandir)
 
L’aspect du paysage est désolant : de profondes mines humides là où régnait la forêt boréale avant. Ces mines à ciel ouvert peuvent couvrir un territoire de 20 kilomètres carrés.

L’impact sur la faune et la flore

Toutes les transformations exigées par cette industrie rejettent beaucoup de gaz à effet de serre, dont le méthane, le plus nocif des gaz pour l’atmosphère. Certains de ces gaz augmentent aussi l’acidité des cours d’eau et des rivières. La forêt boréale touchée par l’exploitation des sables bitumineux ne se limite pas qu’à celle qui est entièrement coupée par les compagnies. Les zones forestières côtoyant les mines à ciel ouvert sont touchées par des pluies acides, des feux de forêt plus fréquents et sont plus sensibles aux vents violents et à la sécheresse. Ces conséquences mettent énormément de pression sur les animaux qui voient leurs territoires disparaître.
 
Au niveau planétaire, ces gaz à effet de serre contribuent également au réchauffement de la planète et aux changements climatiques.

L’augmentation des gaz à effet de serre

Malgré la signature du Canada au protocole de Kyoto, l’industrie pétrolière albertaine a continué à se développer faisant ainsi augmenter considérablement la quantité de gaz à effet de serre émis annuellement. Par exemple, à elle seule, la compagnie Suncore émet 600 tonnes de dioxyde de carbone par heure, ce qui lui fait un total annuel de 5 000 000 tonnes. D’ailleurs, on estime que le quart des augmentations des émissions de gaz à effet de serre sont directement causées par l’exploitation des sables bitumineux. Ces chiffres n’incluent même pas les autres gaz à effet de serre comme le méthane. De plus, lors de la coupe des forêts, de nombreuses tourbières sont aussi détruites. Ces tourbières laissent alors s’échapper des quantités considérables de méthane et de gaz carbonique. Ces émissions collatérales ne sont pas non plus prises en compte dans le calcul des émissions totales de gaz à effet de serre. La situation est tout aussi déplorable en ce qui concerne la transformation des sables bitumineux.  Tout le processus implique des combustions et des produits chimiques toxiques.

L’impact sur les cours d’eau et la nappe phréatique

La première phase du processus de transformation exige beaucoup d’eau et de vapeur d’eau. Les compagnies pétrolières se servent à même les cours d’eau et les nappes phréatiques à proximité des installations. En fait, l’usine de transformation consomme à elle seule la même quantité d’eau qu’une grande ville. Cette utilisation massive des ressources hydrauliques de la région peut éventuellement assécher le sol et les nappes phréatiques. Au même moment, l’Alberta connaît des épisodes de sécheresse sans précédent. Les compagnies pétrolières utilisent ainsi les réserves d’eau de toute la province. L’approvisionnement en eau pourrait devenir un problème pour les résidents de l’Alberta.
 
De plus, les eaux usées ne sont pas toutes traitées. Certaines quantités d’eau sont trop sales pour être filtrées et retourner dans les cours d’eau. Les compagnies créent alors des étangs d’eau usée qu’ils vont pouvoir réutiliser. Une partie de ces eaux usées est même réutilisée dans la réhabilitation des sols.

La réhabilitation des sols

À certains endroits où l’exploitation est terminée, les compagnies pétrolières réhabilitent les sols, à l’endroit même où la mine à ciel ouvert se trouvait. La première étape consiste à retourner le sable traité (dans lequel tout le pétrole à extraire a été retiré) mélangé à des eaux usées. Les responsables recouvrent alors la mine de ce mélange. Par la suite, ils remettent en place le sol (terre, argile, gravier) et ils réimplantent la biomasse enlevée (arbres, végétation, animaux). Par contre, certains écologistes sont inquiets de cette réhabilitation puisque le sable et l’eau retournée au sol contiennent des métaux lourds, du méthane et des produits chimiques toxiques. Selon les expériences des biologistes, la nature fait son travail et la forêt reprend sa place. On ne sait toutefois pas les impacts à long terme de cette réhabilitation. Pour le moment, seulement 9% de la surface excavée par Suncore est réhabilitée.

Les exercices

Les références

  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse