La Jamésie : territoire énergétique

Situation géographique

La Jamésie est la grande région située autour de la baie James, au nord-ouest de la province. La plus grande ville de la région est Chibougamau, qui compte près de 7 500 habitants. La population de la Jamésie, environ 15 000 personnes, est formée majoritairement du peuple cri, qui occupe le territoire depuis des milliers d’années. La majeure partie de la population habite dans les villes les plus au sud de la région.


Carte de la Jamésie, incluant ses rivières principales(cliquer pour agrandir)

Le territoire de la Jamésie s’étend entre le 49e et le 55e parallèle, il est donc situé considérablement au nord de la province. À titre d’exemple, la municipalité de Radisson se trouve à une distance de 1 000 kilomètres à vol d’oiseau de la ville de Montréal. Le territoire de la région, 350 000 kilomètres carrés, représente 20% de la superficie totale du Québec.

 
Des caribous sur une partie du territoire vierge de la Jamésie (cliquer pour agrandir)
 
La Jamésie est l’une des seules régions du globe à être encore dominée par la nature sauvage : taïga, lacs, faune (caribous, renards, orignaux, oiseaux migrateurs). Le sol de la région renferme également des sources minières importantes : plusieurs mines sont actuellement exploitées autour de la Baie James.

Hydrographie

Mis à part la vaste étendue d’eau que représente la baie James, le territoire englobe plusieurs rivières, dont six sont parmi les plus puissantes du Québec : la Harricana, la Nottaway, la Brodeback, la Rupert, la Estmain et la Grande Rivière. L’ensemble du réseau contient essentiellement de grandes rivières ayant peu d’affluents. L’eau des lacs du plateau jamésien se jette alors directement dans ces rivières. Toutes ces rivières sont alimentées par des pluies et des chutes de neige nombreuses et fréquentes. Au printemps et au début de l’automne, le niveau d’eau des rivières a tendance à monter. Le débit est alors assez fort et diminue peu au cours de l’année. Par exemple, la Grande Rivière coule sur plus de 800 kilomètres avant de se jeter dans la baie. Tout au long de son parcours, elle longe pratiquement le 53e parallèle.

Le développement hydroélectrique de la Jamésie

Histoire

Jusqu’en 1868, tout le territoire du nord du Canada, y compris la région de la baie James, appartenait à la Compagnie de la Baie d’Hudson. L’Acte de la terre de Rupert en fera dorénavant un territoire canadien. La baie James ne fait pourtant pas encore partie du territoire du Québec. Ce n’est qu’en 1912 que le territoire actuel de la Jamésie sera intégré à celui de la province du Québec.
 
Le développement moderne de la Jamésie s’est fait exactement au même moment que le développement de l’hydroélectricité. En fait, les principales routes ont été construites afin de faciliter l’accès aux chantiers et aux centrales. Certaines villes ont même été créées pour héberger les travailleurs qui participaient à la construction des barrages et des centrales.
 
C’est en effet à la fin des années 1960 que le gouvernement entame des recherches sur le territoire de la baie James afin d’en définir les ressources naturelles. Ces études sont menées par Hydro-Québec, alors en plein essor. La société d’État gérait déjà l’électricité québécoise depuis quelques années et mettait sur pied divers projets de centrales hydroélectriques. Grâce à l’essor des complexes installés sur la Manicouagan et la rivière aux Outardes, l’énergie produite par ces nouvelles centrales devenait suffisante pour alimenter toute la province en électricité.
 
Hydro-Québec prévoit toutefois des hausses considérables de la demande énergétique. La province entière vise à être le plus autonome possible dans sa production d’énergie, afin de réduire au maximum sa dépendance au pétrole. Le développement hydroélectrique du bassin de la baie James est officiellement lancé en 1971 par Robert Bourassa. Alors qu’il est premier ministre de la province, il instaure la Société de Développement de la Baie James (SDBJ), dont le mandat est de développer le potentiel hydroélectrique de la région en collaboration avec la Société d’énergie de la baie James. C’est d’ailleurs la SDBJ qui a assuré la gestion de la municipalité de la baie James, jusqu’en 2001.

Les principales centrales hydroélectriques

L’immense projet annoncé par Robert Bourassa impliquait de détourner le cours de plusieurs rivières et de modifier considérablement un paysage encore vierge. À l’origine, le projet devait se concrétiser en trois phases et avait pour but de stimuler le développement économique et industriel de la région. De plus, on visait la création de nombreux emplois.


Plan actuel des infrastructures de la Grande Rivière (LG) (cliquer pour agrandir)
 
La première phase du projet a débuté en mai 1972. Le but était de construire une série de digues, de barrages, de réservoir et de centrales. Pour y parvenir trois rivières ont été détournées vers la Grande Rivière. Ces nouveaux affluents ont ainsi permis de doubler le débit de la Grande Rivière. Au cours de cette phase de développement, plus de 12 000 employés ont participé à la construction de quatre centrales, 215 digues et barrages et 4 800 kilomètres de lignes à haute tension pour se rendre jusqu'à Québec ou à Montréal. Ces immenses infrastructures ont exigé 133 000 tonnes d’acier et 550 000 tonnes de ciment. Cette première phase a été achevée en 1985.
 
Toutefois, dès le début, les communautés cries et inuites se sont radicalement opposées à l’aboutissement de ce projet d’envergure. En effet, les travaux de détournement et de construction allaient détruire une partie des terres appartenant à ces communautés. Le gouvernement et les groupes d’opposants sont toutefois parvenus à une entente en 1975. Les autochtones abandonnaient ainsi leurs terres en échange d’un dédommagement de 225 millions de dollars. Le coût total relié au développement de la première phase a été de 14 milliards de dollars. Le complexe avait alors une capacité totale de production de 10 300 mégawatts.


Les infrastructures externes de la centrale LG1 (cliquer pour agrandir)

La deuxième phase impliquait aussi le détournement de trois rivières, toujours détournées vers la Grande Rivière. Les travaux, amorcés en 1989, étaient pratiquement terminés en 1994. Ils ont été arrêtés parce que la population manifestait grandement son inquiétude par rapport aux conséquences écologiques résultant de tels travaux. Encore une fois, le gouvernement est parvenu à une entente en 2002 et la phase 2 a pu être achevée, faisant ainsi grimper la capacité de production à 15 000 mégawatts. Cette capacité énergétique représente le triple de la capacité potentielle des chutes du Niagara.
 

Les lignes de transport énergétique entre la baie James et le reste du Québec (une ligne va même jusqu’aux États-Unis, où Hydro-Québec vend ses surplus d’électricité).
 
Le début des travaux reliés à la troisième phase du projet était prévu pour 1989. Le projet hydroélectrique Grande-Baleine n’a pourtant jamais vu le jour dans la réalité. À l’époque, Hydro-Québec produisait déjà un excédent considérable d’électricité, or on justifiait mal comment le Québec avait besoin d’un nouveau complexe. D’autant plus que les préoccupations écologiques et environnementales reliées à la réalisation du projet Grande-Baleine étaient substantielles. Telle qu’elle était proposée, la construction du complexe Grande-Baleine aurait exigé l’inondation de terres sauvages sur une superficie à peu près équivalente à celle du lac Érié. Comme le territoire avait déjà subi un certain nombre d’atteintes à son équilibre écologique avec les deux premières phases, le projet Grande-Baleine a été mis indéfiniment sur la glace en 1994.

 
Un immense évacuateur de crues relié au réservoir Robert-Bourassa, construit comme un immense escalier de ciment (cliquer pour agrandir)

En l’honneur de Robert Bourassa, la centrale la plus importante du complexe aménagé sur la Grande Rivière porte maintenant son nom. En tout, le complexe compte huit centrales et un immense réservoir.


Le réservoir Robert-Bourassa : territoire complètement inondé lors des travaux de construction des centrales (cliquer pour agrandir)

Le projet Eastmain-1-A-Sarcelle-Rupert a quant à lui été lancé en 2002 dans l'optique de répondre aux besoins croissants en électricité du Québec. Ce projet prévoyait la construction des centrales Eastmain-1, Eastmain-1-A et de la Sarcelle ainsi que la construction du réservoir de l'Eastmain 1.

Le projet comprend aussi la dérivation d'une certaine partie de l'eau de la rivière Rupert. Cette eau est ensuite dirigée vers le nord pour alimenter la Grande Rivière et augmenter la production d'électricité des centrales La Grande-1, La Grande-2-A et Robert-Bourassa.

Le projet de l'Eastmain a été complété en 2012, alors que la centrale Eastmain-1-A a été inauguré en juin 2012 par le premier ministre Jean Charest et des leaders cris.

 
Le projet de développement d’Eastmain 1 (cliquer pour agrandir)

Le développement durable

Bien que l’énergie hydraulique utilise une ressource naturelle et renouvelable, l’implantation de complexes aussi grands que celui de la baie James a tout de même des conséquences environnementales sur tout le secteur : inondations, perte du territoire pour les animaux et les communautés autochtones et augmentation du mercure dans l’eau (rendant ainsi les poissons et les gens qui les mangent malades). C’est précisément pour cette raison que le projet de la Grande-Baleine a été abandonné, et ce, même si les besoins énergétiques actuels de l’Amérique du Nord pourraient justifier la réalisation de ce complexe.
 
N’empêche que la baie James est encore la région québécoise qui recèle le plus de potentiel énergétique, c’est pourquoi on développe encore les installations électriques du secteur. De plus, la force de l’eau n’est pas la seule puissance utilisable en Jamésie. En effet, les forces du vent y sont parmi les plus puissantes du Québec. C’est pourquoi l’idée d’installer des éoliennes au milieu des réservoirs d’Hydro-Québec a été émise. Pour le moment ce n’est qu’une idée, mais comme les centrales et les lignes à haute tension sont déjà dans le secteur, la réalisation de ce projet serait tout de même assez simple.

Les exercices

Les références

  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse