Bagdad (Moyen Âge)

Situation géographique

La ville de Bagdad, comme la plupart des grandes villes ayant connu un essor au Moyen Âge, est située près des axes commerciaux de l’époque. Bagdad se trouve en effet sur les rives du Tigre, fleuve qui relie la Mésopotamie au Golfe Persique. Le Tigre ainsi qu'un deuxième fleuve, l’Euphrate, coulant à environ 30 kilomètres du Tigre, assurent tous deux une bonne irrigation des terres agricoles dans la région de Bagdad.
 
La région de Bagdad était alors une vaste plaine irriguée, dont les deux fleuves assuraient une protection naturelle contre les attaques ennemies en plus d'être un atout de taille pour les transports et le commerce. Non seulement les fleuves facilitaient le transport de marchandises, mais en plus Bagdad chevauchait deux continents commerçants : l’Europe et l’Asie. C’était donc une situation parfaite pour en faire un carrefour commercial majeur.
 
Plus précisément, l’axe Nord-Sud de Bagdad permettait les connexions entre la Mésopotamie et le golfe Persique, l’axe Sud-Ouest/ Nord-Est faisait le lien entre les villes saintes près de la Palestine et le plateau iranien tandis que l’axe Sud-Est/Nord-Ouest assurait les échanges entre la Syrie et le golfe iranien.


Carte de l’emplacement de Bagdad
 
Par sa situation géographique, Bagdad était donc triplement avantagée : agriculture facile grâce à l’irrigation des terres, commerce possible grâce aux fleuves, protection militaire assurée par ces mêmes fleuves.

Histoire et évolution de la ville 

Bagdad, petite ville de l’Empire arabe

Avant de devenir la capitale de l’Empire arabe, Bagdad était déjà une petite ville sur les rives du Tigre. La ville profitait déjà de la plaine fertile et de la protection naturelle offerte par les deux fleuves. Bien qu’encore de dimension modeste, Bagdad accueillait déjà des foires commerciales

Madinat al Salam : nouvelle capitale de l’Empire arabe

L’Empire arabe sortait d’une période plus difficile pendant laquelle les conquêtes étrangères s’essoufflaient et où les tensions entre les différents groupes ethniques et religieux ne cessaient d’augmenter. Les musulmans développaient une attitude moins tolérante à l’égard des chrétiens, à la suite des luttes menées contre Byzance, alors centre de l’Orient et centre du christianisme.
 
Le califat des Abbassides s'amorçaient alors et se caractérisaient par une rupture avec les traditions grecques et byzantines. Le nouveau calife, al Mansur, désirait déplacer le centre du pouvoir vers l’Iraq et cherchait une nouvelle ville où établir sa demeure et sa capitale. Selon les légendes, il aurait voyagé partout en Iraq en cherchant l’emplacement parfait.
 
En 762, il fonde sa nouvelle capitale à l’emplacement de Bagdad. Il renomme la ville Madinat al Salam, qui signifie Cité de la Paix. La population continuait tout de même à la nommer Bagdad. Le calife avait choisi cet emplacement en constatant les nombreuses possibilités offertes par les fleuves et la plaine fertile. De plus, il y appréciait la fraîcheur des nuits et l’absence de moustiques. Al Mansur désirait y voir se développer la ville la plus florissante du monde.

La Ville Ronde

Pour amorcer la construction de sa nouvelle capitale, Al Mansur avait engagé les astronomes les plus renommés ainsi que les artisans les plus habiles de tout l’empire. Dès sa construction, la ville s’annonçait comme une ville grandiose.
 
Le plan de la ville était parfaitement circulaire, le tout visant à rendre facile l’administration de la ville et du commerce. Cet immense cercle avait un diamètre de quatre kilomètres et était entouré d’un fossé de 20 mètres de large et de deux immenses murailles de pierres. La première avait une hauteur de 17 mètres et une épaisseur de cinq mètres alors que la seconde faisait 14 mètres de haut et 4 mètres de large. Quatre portes permettaient d’entrer dans la ville. Pour mieux contrôler les entrées et les sorties, des sentinelles gardaient les portes en tout temps.
 
Le centre de la Ville Ronde était occupé par une grande mosquée ainsi que par le palais du calife. Le palais était surmonté d’un immense dôme vert qui mesurait plus de 48 mètres de haut. Richement décoré et surmonté d’une statue, ce dôme impressionnait tous les visiteurs de la ville. Ce sont d’ailleurs les descriptions qu’en ont faites certains visiteurs qui permettent de le décrire aujourd’hui. En effet, ce dôme fut détruit lorsque la foudre s'y est abattue.
 
Le calife avait d’ailleurs adopté un mode de vie plus luxueux et une attitude qui le rendait moins accessible. Lorsqu’il parlait à la population, il le faisait toujours caché derrière un rideau de soie. Du centre, partaient quatre avenues qui menaient aux portes. Tout autour du palais et de la mosquée se trouvaient les logements des officiers de la cour et les bureaux administratifs. Toutes les constructions étaient bâties en briques, matériau traditionnel de Bagdad et de la région.
 
La majeure partie de la Ville Ronde fut détruite lors d’une guerre de succession en 812-813. Seule la mosquée a été épargnée par les attaques. Les califes suivants ont alors dû reconstruire une partie de la ville. La reconstruction du palais s’est faite à l’extérieur des murs de la ville, sur la rive est du Tigre. Les nouvelles constructions se faisaient alors avec un souci de décoration et d’esthétisme très grand : nombreux pavillons, colonnes, jardins, ruisseaux, pelouses, pièces d’eau, jardins zoologiques, enceinte de chasse, etc.

Essor de la ville et apogée culturelle de l’Empire arabe

La Cité de la paix ne cessait de croître et d’attirer de nouveaux habitants. La croissance fut telle qu’à la fin du 8e siècle, les marchés durent se tenir à l’extérieur de l’enceinte. Le calife ordonnait également de construire une seconde mosquée afin de libérer l’espace au coeur de la ville.
 
En quelques décennies, Bagdad était déjà une capitale florissante dont les habitations dépassaient les murs. Le calife lui-même s’était fait construire un palais avec terrasses à l’extérieur de l’enceinte où il menait une vie de luxe. Difficile d’accès, il avait droit de vie ou de mort sur les citadins qui réussissaient à lui parler. En 786, Haroun al Rachid était le nouveau calife. C’est à cette époque que la civilisation arabe a connu un mouvement de renaissance que l’Europe ne connaîtrait qu’aux 15e et 16e siècles.


Toile représentant le calife al Rachid recevant une délégation de Charlemagne
 
En effet, sous le pouvoir d’al Rachid, la civilisation arabe connut un essor culturel, intellectuel et artistique sans précédent qui trouvera son apogée tout au long du 9e siècle. Cet essor n'aurait sans doute pas eu la même importance sans l'apport du calife al Ma’mun qui gouverna entre 813 et 833. Ce souverain réintroduisit la philosophie, les sciences et les mathématiques issues des textes grecs. Il incita d’ailleurs les intellectuels à s’y intéresser autant qu’aux textes perses et indiens qui parvenaient également à Bagdad. Les connaissances des Arabes de l’époque faisaient alors la synthèse entre les cultures orientales et occidentales.


L’étendue de l’empire des Abbassides sous le règne d’al Ma’Mun

Avec la fondation de la Maison de la Sagesse, les intellectuels avaient un lieu de rassemblement où ils pouvaient échanger, traduire et réfléchir. La bibliothèque de cet établissement comptait environ 10 000 livres.


L’étude dans une bibliothèque de l’époque

Au même moment, des disciplines artistiques spécialisées se développaient et gagnaient en importance. Ce fut entre autres le cas de la calligraphie dont les oeuvres prenaient une valeur inestimable et dont les créateurs jouissaient d’un statut social élevé. Ce fut également le cas de l’enluminure, qui se développait dans les livres et dans les éditions décorées du Coran.
 
Plusieurs fabriques de papier furent également mises sur pied, ce qui a grandement contribué à la mise en page et à la diffusion des livres dans l’empire. Ces livres traitaient de médecine, de sciences, d’astronomie, de zoologie et étaient pratiquement tous illustrés. C’est à cette époque que les contes des Mille et une nuits furent rédigés.
 
Les sciences médicales connurent le même développement majeur que les lettres. Avec l’ouverture des premiers centres hospitaliers, dont certains se spécialisaient dans le traitement de la folie, la médecine arabe avait une avance considérable sur les autres civilisations. Avicenne était d’ailleurs le plus grand médecin de l’époque: rédaction de plusieurs textes décrivant précisément les maladies et leurs symptômes, rédaction d’une encyclopédie médicale, etc.


L’un des traités illustrés rédigé par Avicenne 
 
Les techniques utilisées à l’époque étaient très précises. Basées sur l’observation des symptômes et sur la recherche des causes, les médecins arabes traitaient alors plus efficacement que les médecins occidentaux. Les médecins s’engageaient à respecter les règles de la profession ainsi que des normes hygiéniques qui empêchaient la propagation de maladies contagieuses. De plus, ils utilisaient des produits pharmaceutiques efficaces pour traiter les maladies.
 
De grandes innovations enrichirent aussi les domaines des sciences, des techniques et des mathématiques. Bagdad profitait d’ailleurs d’un système d’aqueduc, d’irrigation et de climatisation efficace et structuré. 

Bagdag: le nouveau carrefour commercial

L’essor de l’Empire arabe a fait en sorte que le commerce méditerranéen et asiatique se déplace vers Bagdad. La situation géographique et la quantité de marchandises qui passaient par Bagdad justifiaient ce déplacement.
 
Tous les produits rares de l’Asie et de l’Occident transitaient par Bagdad. Le commerce de Bagdad réunissait ceux de l’Asie centrale, de l’Afrique du Nord, de la Méditerranée, de l’Espagne, de l’Extrême-Orient, de l’Inde, de la Chine, de l’Indonésie, du Golfe Persique et de la mer Rouge.
 
Les marchandises étaient les suivantes :
 
Soies, encre, paons, porcelaine, selles, épices (de la Chine);
Rubis, argent, bois de sental, noix de coco, ivoire, teintures (de l’Inde);
Céréales et coton (de l’Égypte);
Verreries et fruits (de la Syrie);
Soie et textile (de la Perse);
Esclaves, ivoire, or (de l’Afrique);
Drogues et bijoux (de Byzance);
Cuir (de l’Espagne);
Fourrures, sabres, ambre (de la Russie et de la Scandinavie).
 
La présence de toutes ces marchandises luxueuses dans la ville a stimulé l’artisanat. Plusieurs artisans se sont mis à fabriquer des produits semblables ou encore à fabriquer divers objets à partir de ces produits.
La présence de ces effets à Bagdad a également modifié certaines habitudes de vie. Par exemple, les jeux inspirés des Perses ont gagné en popularité, les Arabes dégustaient des mets exotiques, utilisaient des chiffons, de la porcelaine, meublaient différemment leur maison, se vêtaient de pantalons, etc.
 
Tous ces produits ont contribué à augmenter la richesse de Bagdad. De nouvelles institutions ont d'aillurs vu le jour à cette époque afin de faciliter les échanges commerciaux. Les banques firent en effet leur apparition à l’époque. Leur but était alors de faciliter la conversion des différentes monnaies, de changer les chèques et les lettres de crédit.
 
C’est pendant cet essor important du commerce, des arts et des sciences que Bagdad a connu sa plus grande effervescence. La population a même dépassé le million d’habitants au 10e siècle. Plusieurs maisons ont été construites à l’extérieur des murs pour accueillir toutes ces personnes.

Guerres internes et déclin de la ville

Bien qu’elle n’ait jamais véritablement perdu toute sa gloire et sa richesse, la ville de Bagdad a été considérablement affaiblie dès la deuxième moitié du 10e siècle.
 
Les tensions entre les chiites et les sunnites commençaient à nuire à l’administration de la ville. Les autorités devaient également traiter des troubles internes tels que les révoltes des esclaves noirs, surnommés les Zandjs. Ces derniers étaient principalement utilisés pour cultiver la canne à sucre. 
Plusieurs communautés créèrent des États qui ont commencé à nuire à l’Empire arabe: les gardes turcs s’emparèrent du pouvoir ne laissant qu’un pouvoir symbolique au calife, les Mongols envahirent le territoire. La cité était alors victime de pillage, de luttes pour le contrôle de La Mecque, de conflits pour le marché de la pierre noire.
 
Au même moment, les routes commerciales se déplaçaient. La route terrestre passait plus au Nord tandis que la route maritime passait plus à l’Ouest. Bagdad n’était alors plus le carrefour commercial où toutes les marchandises passaient, ce qui a diminué la puissance économique de la capitale de l’Empire arabe.
 
Au début du 11e siècle, le déclin intellectuel s’est amorcé suite à une décision du calife: il devenait interdit de proposer de nouvelles interprétations du Coran. Cette décision a mis fin à une époque pendant laquelle l’esprit critique était fort développé et incitait les intellectuels à effectuer des recherches, à réfléchir sur le monde. Dès lors, il n’y eut plus autant d’innovations intellectuelles et scientifiques. En 1256, une guerre civile a éclaté à Bagdad, affaiblissant la ville et ses défenses.
 
En novembre 1257, trois armées se dirigeaient vers Bagdad. Les deux armées mongoles, assistées de l’armée chrétienne, ont alors commencé à attaquer Bagdad: bombardements de pierre, feu, tirs d’arbalètes, flèches. Les attaques se multipliaient jour et nuit.


Bagdad assiégée en 1258

Bagdad a résisté aux attaques jusqu’au 17 janvier 1258. Le lendemain, les Mongols entraient dans la ville et s’emparaient des fortifications. La population a été massacrée, le calife a été exécuté, la ville a été pillée, détruite, incendiée. Cette attaque a mis fin à l’âge d’or de Bagdad et à l’Empire arabe. À partir de ce moment, il y eut une grande récession qui a mis fin à l’économie et au développement démographique.
 
Plusieurs autres peuples ont ensuite tenté de prendre le contrôle de Bagdad. Les Turcs y sont d’ailleurs parvenus en 1401. Par la suite, tout au long du 16e siècle, la ville était un enjeu important pour les Ottomans qui en ont repris le relais commercial. Bagdad est aujourd’hui la capitale de l’Iraq, pays indépendant depuis 1930.
 
Quelques édifices qui existent encore rappellent les années de richesse que Bagdad a connu au cours de son histoire. C’est le cas par exemple du palais des Abbassides qui fut construit au 12e siècle, de la Madrasas Mustansiriya et du caravansérail Khan Murjan, construit au 14e siècle.


La Madrasas Mustansiriya

Le caravansérail Khan Murjan
 
Bagdad à l’époque contemporaine

Les exercices

Les références

  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse