Fonctionnement des villes médiévales et population

Avant l’essor urbain, les habitants des villes existantes étaient généralement liés à leur suzerain par un serment de fidélité et d’obligation. Peu à peu, les villes ont revendiqué le droit à l’autogestion, c’est-à-dire le droit de prendre toutes les décisions concernant les activités à l’intérieur de l’enceinte. En obtenant une charte de liberté, les villes deviennent autonomes et fonctionnent en communes.

Les communes et les chartes

Certaines villes ont acheté une charte de liberté alors que d’autres l’ont reçue du suzerain. Dans tous les cas, les chartes des villes garantissaient les libertés communales, les franchises et les coutumes de la ville. La charte faisait foi d'un accord survenu entre les trois principaux ordres de la société : le clergé, les chevaliers et les bourgeois.
 
Par exemple, la charte de la commune pouvait viser la protection de tous les marchands ambulants pendant les journées de foire ou, encore, assurer la liberté des bourgeois. La première commune de France a été déclarée en 1080. Ainsi, tous les citadins étaient libres, incluant les étrangers (sauf les malfaiteurs) et les serfs du roi. La charte garantissait le droit d’asile (droit de réclamer l’hébergement et la protection).
 
Avec les chartes et les communes, les nobles prenaient les décisions dans la ville, bien que plusieurs commerçants et marchands purent graduellement occuper des postes dans la gestion de la ville. Les nobles avaient le droit d’imposer des paiements aux citadins ou des droits de passage aux marchands (droit pour les attelages et la marchandise, droits pour l’entretien des routes et des remparts). En échange de ces sommes versées par les habitants et les marchands, ils s'engageait à assurer la sécurité de tous.  

La hiérarchie sociale

Aussi fortement hiérarchisée que dans le régime féodal, la société citadine avait toutefois des classes sociales nouvelles qui étaient uniques aux villes.
 
Les classes montantes étaient formées des riches marchands et des hommes d’affaires. Le retour du grand commerce avait favorisé cette classe sociale pour qui les activités commerciales représentaient d’ailleurs la principale source de leur richesse. Les marchands profitaient également de l’essor de la production textile et des banques. Quelques maîtres de métiers artisanaux avaient également réussi à accumuler suffisamment de richesses pour faire partie des classes montantes. Ces classes formaient les habitants les plus riches des villes auxquels s’ajoutaient les nobles et le haut clergé.
 
Tous les marchands de la ville faisaient partie des corporations. Ces dernières visaient à assurer une éthique et un fonctionnement propre à un type d’artisan. Valorisant le travail et la recherche de profits, la corporation rassemblait des bourgeois suffisamment riches pour y payer le droit d’y entrer. Souvent, ces membres des corporations prenaient le pouvoir de la commune.


Des marchands ambulants

Chez les artisans, il y avait une autre forme de hiérarchie. Celle-ci était même double : valorisation selon la tâche exécutée et valorisation selon le niveau de compétence. Les plus habiles étaient les maîtres artisans. Ils géraient leur propre atelier et récoltaient l’argent des ventes. Le maître engageait souvent un compagnon qui n’était pas payé en fonction des ventes ni en fonction de sa production, mais en fonction du nombre d’heures travaillées. Finalement, les artisans avaient également des apprentis qui, placés souvent par leurs parents, tâchaient d’apprendre le métier afin de devenir un compagnon.
 
Le peuple était totalement exclu du pouvoir. Il était formé des nombreux apprentis qui souhaitaient devenir les compagnons des maîtres artisans et des travailleurs salariés.
 
Vivant autour de la ville et dans de petites cellules, les reclus étaient des personnes qui s’étaient retirées de leur propre gré de la vie sociale. Principalement des femmes, les reclus communiquaient souvent avec la population par une petite fenêtre. Curieusement, les citadins demandaient souvent conseil, se confessaient ou se confiaient à ces exclus qui faisaient partie de la vie en ville.
 
Plusieurs villes avaient également un quartier occupé par la communauté juive. Ces communautés faisaient partie des différentes activités de la ville, mais leur qualité de vie s’est grandement détériorée dès le 12e siècle. Plusieurs personnes les accusaient de meurtre et les discriminaient. Des communautés juives étaient même parfois expulsées du royaume.
 
Finalement, forcés de vivre à l’écart des villes et également victimes de violence, les lépreux vivaient exclus du reste de la population urbaine. Ils vivaient en retrait et étaient la cible de répulsion.


Les lépreux devaient annoncer leur présence. Ici, l'avertissement est donné par le son d'une cloche.
 
Tout au bas de la pyramide sociale se trouvent les paysans. Bien que la ville dépendait de ces derniers pour se nourrir, les paysans n’avaient pas de droits et vivaient dans la misère et la saleté. Ils travaillaient fort et n’avaient pas espoir que leur condition s’améliore.

L’hygiène

Dans les maisons des gens plus riches, les bains se prenaient dans de grandes bassines de bois qui servaient également à la lessive. Pour les plus pauvres, il était possible d'utiliser les bains publics. Dès 1292, la ville de Paris en comportait déjà 26. Gratuits, ces bains assuraient une meilleure hygiène pour tous les habitants de la ville.


Un exemple de bain public

De plus, il était de mise de laver fréquemment les parties exposées (visage, cou, mains, bras) avant les repas ou à d’autres moments.

La vie en ville

La vie citadine était souvent ponctuée par des fêtes et des foires au cours desquelles les citadins pouvaient regarder les musiciens ambulants, les jongleurs et les montreurs de bêtes. Ils pouvaient aussi consulter les diseuses de bonne aventure, participer à des jeux d’adresse, etc. Lors des grandes fêtes liées à la religion ou aux évènements royaux, les gens étaient conviés à partager un banquet, à regarder une procession et à danser.

L’artisanat et le commerce

L’arrivée de plusieurs nouveaux habitants dans les bourgs a créé une grande diversification des métiers.

L’industrie du textile

Alors que dans les maisons de campagne les paysans étaient capables de réaliser toutes les étapes de fabrication du tissu, les tâches de la ville étaient plus spécialisées. Le cardage, le peignage, le filage, le tissage, la teinture, le foulage et l'apprêt final sont des exemples de tâches qui faisaient appel à un artisan différent.
 
Le domaine du textile a connu un grand développement dans la seconde moitié du 11e siècle. Cet essor s’explique surtout par l’introduction d’appareils d’origine orientale : la roue à filer et le métier à tisser. Ces deux appareils ont par la suite connu plusieurs modifications visant à les améliorer.


La roue à tisser et le métier à tisser
 
Le perfectionnement des instruments et la spécialisation des tâches ont fait en sorte que le domaine du textile est devenu une industrie très rentable exigeant de très nombreux employés, dont une majorité de femmes. Les activités textiles occupaient un quartier de la ville. Généralement, les activités les plus polluantes, comme la teinture, étaient mises à l’écart et devaient s'effectuer près des cours d’eau.

Les autres domaines

Les autres domaines d’artisanat connaissaient la même catégorisation et la même spécialisation. C'était le cas notamment de l’alimentation. La hiérarchie des travailleurs de l’alimentation s’établissait selon deux facteurs : le niveau de spécialisation requis et l’hygiène.

Les corporations

En s’alliant en corporation, les marchands avaient plus de facilité à se défendre, à davantage faire face à la compétition et à la concurrence et à organiser plus efficacement l’entraide sociale. Toutes les activités commerciales et artisanales étaient alors organisées en corporation. Les membres s’engageaient à respecter la discipline collective liée à la profession. Les marchands s’entraidaient entre eux. De plus, les corporations se dotaient de policiers, ce qui augmentait la sécurité et le bon commerce.
 
La plupart de ces corporations étaient approuvées par les autorités (comme le suzerain) et obtenaient ainsi le monopole du commerce dans un secteur d’activités. Dans certains cas, les corporations bénéficiaient également d’un encadrement religieux. Par exemple, tous les orfèvres reconnaissaient Saint-Éloi comme leur patron.

Les foires

Plusieurs marchands itinérants ont manifesté rapidement le besoin d’un lieu de rendez-vous pour y vendre leurs produits. Les foires servaient alors à vendre de gros volumes. Ces foires avaient généralement lieu dans les régions liées au grand commerce.
 
Les foires les plus importantes aux 12e et 13e siècles furent les foires de Champagne. Cette domination s’expliquait par l'initiative de comtes régionaux, ceux-ci prenaient en charge des facteurs favorisant la tenue de grandes foires : entretien du réseau routier, construction des ponts, tenue de foires sur presque toute l’année.


L’une des foires de Champagne

Les quatre villes de Champagne où avaient lieu les foires réussissaient à attirer des gens de toute l’Europe. Ces grandes foires ont fortement collaboré à la prospérité de la région, d’autant plus que les comtes exigeaient de fortes taxes sur les marchandises. En échange, les marchands recevaient la protection des comtes et une organisation efficace des transactions (contrats, sceaux, traitement des litiges).

Les exercices

Les références

  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse