Le Japon impérialiste

Le Japon s’ouvre sur le monde

Au début du 19e siècle, le Japon, fonctionnant alors en shogunat, était fermé complètement au monde. Après quelques années de commerce avec les puissances européennes au 17e siècle, les dirigeants japonais avaient mis fin à tout commerce avec l’étranger. Pendant ces années, le Japon a développé sa culture traditionnelle. Le mode de vie n’a pas changé au cours de cette période : le pays était divisé en territoires féodaux et la classe sociale dominante était la caste militaire, les samouraïs.

Situation géographique

Il faut rappeler que le Japon est un pays formé d’îles dans l’océan Pacifique, à l’est de la Chine. Tout le pays en donc entièrement entouré d’eau. Le seul moyen d’y accéder, c’est par bateau. Il a donc été assez facile de contrôler les entrées et les sorties sur le territoire japonais.
 

Le Japon

Mer du Japon

La mer qui sépare le Japon de la Corée est la mer du Japon, également appelée la mer de l’Est. Cette mer riche en poissons est entourée par les îles japonaises, la Corée et la Russie. C’est depuis longtemps une voie commerciale importante. Aujourd’hui, on y pratique la pêche et on y extrait du pétrole et du gaz naturel. La mer du Japon a facilité les entreprises d’expansion territoriales japonaises.

L’ouverture du pays sur le monde

Le Japon ne pouvait demeurer indéfiniment en retrait du monde. C’est au milieu du 19e siècle, alors que les pays les plus puissants entraient dans la course à la colonisation, que le Japon a dû établir de nouvelles relations commerciales. C’est un commodore américain qui a su faire plier le Japon. Ayant amarré ses navires dans la baie de Tokyo en 1853, le commodore Perry a usé de toutes les stratégies possibles pour convaincre le shogun de rouvrir le Japon au commerce.


Représentation de l’arrivée du commodore Perry par un artiste japonais

C’est en 1858 que le Japon a signé le premier traité commercial avec les États-Unis. Peu à peu, d’autres accords ont été signés avec les Britanniques, les Russes, les Néerlandais et la France. Le Japon participait de nouveau au commerce mondial et découvrait toutes les innovations techniques et scientifiques qu’ils ne connaissaient pas encore. Cette ouverture subite a eu quelques conséquences sur l’économie du Japon dont la fuite de l’or, la raréfaction de certains produits comme la soie et le coton, l’invasion des tissus étrangers dans les marchés, la hausse des prix, etc. Les autorités japonaises ont dû intervenir contre ces conséquences néfastes.

L’ère Meiji et les réformes politiques et sociales

L’ère Meiji s’est amorcée bien peu de temps après l’ouverture du commerce étranger. À cette époque, de nombreuses rivalités existaient entre la classe militaire et le gouvernement. Chacun d’eux désirait le pouvoir et le contrôle.

La fin du shogunat

C’est le 9 novembre 1867 que le shogun en place renonce au pouvoir. Le pouvoir revient officiellement à l’empereur Kômei. Pendant quelques années, l’empereur a régné, mais le shogun profitait encore de tous ses droits et jouait un rôle politique plus important. À la mort de l’empereur Kômei, le shogunat a été aboli définitivement, le 3 janvier 1868.


L’empereur Kômei

L’empereur Mutsuhito

Kômei est remplacé par un nouvel empereur, Mutsuhito, qui a donné un nom à la nouvelle ère : Meiji. Ce nom signifie «ère du gouvernement éclairé». Cette ère a duré de 1868 à 1912. Dans les faits, Mutsuhito a entrepris de transformer son pays à l’aide de réformes afin d’adapter le pays à la nouvelle réalité du monde, après toutes ces années de fermeture. La plupart des réformes visaient à doter le Japon d’institutions inspirées de celles qui existaient en Europe.


Mutsuhito
 
Il faut rappeler que, pendant toutes les années de fermeture, l’Europe avait connu l’industrialisation et toutes les technologies et institutions qui accompagnaient le développement industriel. Concrètement, le but de toutes ces réformes était de transformer l’ensemble du système social, économique et politique pour assurer la survie du Japon dans le monde moderne.

Les réformes sociales et économiques

Parmi les transformations importantes, il y a :
 

  • La ville d’Edo a pris officiellement le nom de Tokyo, qui signifie «la capitale de l’Est»;
  • En 1868, la Charte des cinq articles fixe des promesses : création d’une assemblée délibérative, donner le libre accès à tous les emplois, abolir les privilèges de classe, transformer les taxes en impôts d’État;
  • En 1869, l’armée est devenue un métier, ce n’est donc plus une caste sociale, mais un emploi choisi. D’ailleurs, en 1875, la conscription est mise en place pour favoriser le recrutement;
  • En 1871, la féodalité est abolie. Les anciens domaines féodaux sont dorénavant divisés en départements. Le régime social et la division des classes sociales sont également abolis;
  • En 1873, en plus de mettre en place la conscription, le Japon se dote d’une éducation nationale (enseignement primaire obligatoire) et adopte le calendrier grégorien. L’enseignement d’État assure la formation d’une élite dans les secteurs en demande;
  • En 1889, le Japon se dote de sa toute première constitution, mettant en place un système législatif. Dans ce système, l’empereur contrôlait l’exécutif, le gouvernement est responsable devant l’empereur. De plus, le gouvernement est formé de 2 chambres, élues selon un régime représentatif. Au plan politique, le Japon s’est grandement inspiré du modèle britannique.

Pendant la même période, le Japon s’est également doté de partis démocratiques et de la presse.

Modernisation et industrialisation

S’inspirant des méthodes européennes, le Japon a également pu développer son agriculture et ses industries. En 1872, la première ligne de chemin de fer et de télégraphe était mise en place sur l’archipel. Après avoir mis sur pied le chemin de fer, l’agriculture moderne et les industries, le Japon avait stimulé son économie. L’économie et le commerce étaient alors en plein essor.
 
Les réformes de l’ère Meiji ont stimulé la création d’une société moderne et forte dans laquelle la tradition militaire avait perdu sa place. Les meilleures structures sociales et économiques, combinées à la baisse d’influence du régime militaire ont favorisé l’essor d’une société entreprenante. 1881 marque d’ailleurs les débuts du capitalisme japonais. Le pays étant alors en déficit, de nombreux services ont été privatisés.

Le shintoïsme

Le shintoïsme était déjà présent dans la culture et la tradition japonaise avant l’ère Meiji. Toutefois, c’est pendant cette période que le shintoïsme a été défini comme religion d’État. Suite à cette décision, plusieurs temples bouddhistes ont été fermés. Les temples shintos étaient alors vus comme des lieux saints et primordiaux. Ils servaient à célébrer la vie en plus d’affirmer l’identité nationale. Ce qui était particulier à l’époque était l’union totale entre le gouvernement et le shintoïsme. L’empereur était issu de la divinité. L’ensemble de la population manifestait donc une dévotion culturelle très forte par rapport à l’empereur. L’affirmation de l’identité nationale par les célébrations religieuses et la dévotion faite à l’empereur ont été utilisés pour légitimer la politique expansionniste, l’impérialisme national et la volonté de conquérir l’Asie.

L’ère Taishô et l’ère Shôwa

L’ère Taishô

Le 30 juillet 1912, l’empereur Mutsuhito est mort. Pendant son règne, le Japon a su rattraper les nations occidentales. Le pays, en 1912, fait donc partie des grandes puissances mondiales. Yoshihito, fils de Mutsuhito, a pris le pouvoir et a donné le nom de Taishô à son règne, ce qui signifie «grande justice».
 

Yoshihito
 
Dès décembre 1912, le nouvel empereur a été confronté à une crise politique importante. L’influence politique traditionnelle était en déclin alors que l’influence des partis politiques et du parlement ne faisaient qu’augmenter. Toutefois, les militaires, selon la tradition, avaient encore une main mise sur le pouvoir. Yoshihito a tenté de conférer plus de pouvoirs aux partis politiques, afin de donner un rôle plus important à la société civile. Toutefois, cette tentative n’a pas réellement fonctionné. En effet, l’empereur manquait d’expérience et les partis politiques étaient encore trop faibles pour gérer autant de fonctions. En 1921, l’empereur était gravement malade et ne pouvait plus diriger le pays. C’est alors son fils, nommé régent, qui a dû gérer la situation.

L’ère Shôwa

Hirohito, fils de Yoshihito, a pris officiellement le pouvoir à la mort de son père en 1926. Il a amorcé l’ère Shôwa (l’ère de la Paix rayonnante). Hirohito devait faire face à la crise économique de 1929. En 1931, le chômage au Japon touchait 20% de la population active.


Hirohito

C’est au cours de cette période que l’expansion militaire a pris de l’ampleur. Le Japon avait besoin d’acquérir de nouvelles terres et de nouvelles sources de matières premières, d’où sa politique impérialiste colonialiste. L’ère Shôwa, ayant duré de 1926 à 1989, a été marquée par une philosophie chauvine. En effet, pendant ces années, les Japonais étaient convaincus de leur supériorité par rapport au monde et au reste de l’Asie. Leur expansionnisme s’explique principalement par la volonté d’affranchir les pays asiatiques de la présence européenne et de les contrôler.

L’expansion territoriale et les conflits à l’étranger

Le Japon est un très petit pays entouré d’eau. Les terres agricoles ne peuvent alors prendre beaucoup d’expansion et les ressources naturelles sont limitées. Après l’industrialisation du pays, le Japon a dû dénicher des sources de matières premières. Ce besoin de terres et de ressources naturelles explique en partie pourquoi le Japon s’est lancé dans une politique expansionniste aux 19e et 20e siècles. De plus, grâce au développement du Japon, le pays a pu signer de nombreux traités d’égalité politique, dont le premier, avec le Royaume-Uni, signé en 1894.
 

Carte des expansions territoriales au Japon (cliquer pour agrandir)

L’expansion et les conflits pendant l’ère Meiji (1868-1912)

Aussitôt que le Japon a acquis l’égalité politique, ce fut le début de l’expansionnisme japonais. Dès 1894, la Japon et la Chine sont entrés en guerre.

Première guerre sino-japonaise (1894-1895)

En 1894, un conflit divisait la Chine et le Japon par rapport à la Corée. Il faut rappeler que la Corée se situe exactement entre les deux pays. À ce moment, le Japon était entré dans l’ère industrielle et jouissait d’une armée très forte. Parallèlement, la Chine de l’époque était désavantagée par un fort retard économique.


Navire de la flotte japonaise utilisé dans la guerre sino-japonaise

En août 1894, la guerre est déclenchée entre les deux pays. Ayant accumulé plusieurs défaites consécutives, la Chine a admis sa défaite en mars 1895 avant de signer le traité de Shimonoseki en avril 1895. Par ce traité, la Chine cédait plusieurs territoires au Japon dont les Îles Pescadores et le Liaodong. De plus, la Chine abandonnait la suzeraineté sur la Corée. Tous ces territoires sont devenus des colonies japonaises jusqu’en 1945. La Corée fut d’ailleurs annexée au territoire japonais en 1910.

La guerre des Boxers (ou des Boxeurs) (1900)

Les Boxers sont membres d’une secte fondée en 1770 en Chine. Ces derniers étaient fortement opposés à la dynastie Mandchous et à la domination de l’Occident. Le 10 juin 1900, l’impératrice chinoise a demandé que tous les étrangers soient chassés du territoire chinois.
 
Les Boxeurs, favorables à la demande de l’impératrice, se sont lancés dans une chasse aux chrétiens chinois et aux prêtres européens, donnant lieu à de nombreux massacres. De plus, les Boxers exerçaient également des sièges sur les immeubles où logeaient les étrangers. La révolte des Boxers se limitait à la capitale chinoise. En dehors de Pékin, la révolte ne se propageait pas. Pour mettre fin à ce massacre et pour éviter que la révolte ne se propage, plusieurs pays se sont alors unis : Angleterre, France, États-Unis, Allemagne, Russie, Japon et Italie. Toutes les armées sont entrées dans la ville de Pékin en août 1900, ce qui a provoqué la fuite de la cour.
 
L’impératrice a alors signé un traité dans lequel elle s’engageait à offrir des réparations financières pendant 40 ans et à punir les responsables des massacres. À la fin du conflit, le tsar Nicolas II a profité de la faiblesse de la Chine pour occuper la Mandchourie. Les Japonais, qui voulaient occuper la Mandchourie, souhaitaient empêcher que les Russes s’en emparent. Cet évènement est à l’origine de la guerre russo-japonaise. C’est pourquoi ils ont signé un accord avec l’Angleterre, dans lequel les Britanniques s’engageaient à ne pas intervenir s’il y avait une guerre entre le Japon et la Russie et à inciter les autres puissances européennes à les imiter.

La guerre russo-japonaise (1904-1905)

Issue d’une rivalité entre le tsar Nicolas II et l’empereur Mutsuhito, la guerre russo-japonaise marquait la volonté japonaise de construire un empire colonial, à l’image des puissances européennes. Par contre, la Russie avait le même objectif. De plus, les deux pays visaient le même territoire : la Chine. Après la guerre des Boxers, la Russie occupait la Mandchourie et avait des garnisons à quelques endroits.
 
Avant même de déclarer la guerre à la Russie, le Japon a perpétré une attaque surprise. Dans la nuit du 7 au 8 février 1904, les navires japonais attaquent la garnison de Port Arthur : 7 navires russes sont coulés et 8 000 soldats japonais sont débarqués. Le 2 janvier 1905, les Russes de Port Arthur capitulent. Les combats se sont poursuivis jusqu'à ce que la flotte japonaise ait éliminé la flotte russe. La paix entre les deux pays a été signée après une longue médiation du président américain Théodore Roosevelt. La Japon a réussi à prendre la Manchourie, à assoir sa puissance militaire et à en démontrer la force au reste du monde. La Russie, fortement affaiblie par cette écrasante victoire, a ensuite connu des révoltes populaires visant à détrôner Nicolas II.

L’annexion de la Corée (1910)

En 1910, le Japon a annexé la Corée à son territoire pour y instaurer un régime colonial puissant. Les dirigeants japonais ont exproprié beaucoup de gens pour s’approprier les terres. Ils contrôlaient également les ressources naturelles coréennes.

La puissance japonaise pendant l’ère Taishô (1912-1926)

À la veille de la Première Guerre mondiale, le Japon est connu comme une nation moderne et puissante, dont personne ne doute de la force armée. Le pays a d’ailleurs profité de la Grande Guerre pour poursuivre son expansion. Au sortir de la guerre, le Japon a plusieurs possessions en Chine et dans le Pacifique. Le Japon profitait également de plusieurs concessions ferroviaires et minières en Mandchourie.

Le militarisme de l’ère Shôwa : expansionnisme et conflits (1912-1989)

Dès 1931, la politique militaire a pris le dessus dans les décisions de Hirohito. C’est pourquoi le Japon s’est lancé à la conquête de la Mandchourie. Par sa politique militaire, le Japon a mis sur pied un vaste complexe militaire industriel, grâce auquel le Japon ne manquerait pas d’armements ni de matériel lourd. Ayant réussi à s’approprier le territoire, le Japon y a créé l’État du Mandchoukouo. Par contre, suite à cette conquête, le président américain a proposé de limiter la puissance navale du Japon. Suite à cette proposition, le Japon a quitté la Société des Nations en 1933 pour manifester son mécontentement.

Hergé, l'auteur derrière les bandes dessinées de Tintin, écrit en 1935 Tintin et le Lotus bleu. L'histoire se déroule en Chine au début des années 1930, au moment où l'armée japonaise envahit la Mandchourie.


Tintin et le Lotus bleu (cliquer pour agrandir)

Deuxième guerre sino-japonaise (1937-1945)

En 1937, le Japon, poursuivant sa volonté de colonisation et d’appropriation des terres, envahissait la Chine. Aucune puissance européenne n’approuvait cette attaque.


Soldats japonais à l’attaque

À cette époque, le shintoïsme constituait la base du nationalisme japonais et les Japonais étaient convaincus de leur supériorité sur les autres cultures asiatiques. Profitant de son arsenal complet, le Japon n’a pas hésité à bombarder la Chine. Rapidement, les combats ont eu lieu partout en Chine et les Japonais prenaient possession, graduellement, des villes et points stratégiques : Pékin, Shanghai, Nankin, le fleuve Jaune, Canton, etc. Les combats sont violents et les deux pays n’hésitent pas à accomplir les actes les plus barbares, dont le massacre de Nankin.
 
Après la prise de Nankin, les soldats japonais ont été laissés là sans ordre. Comme les soldats chinois avaient quitté la ville, il ne restait que des civils. Pendant 6 semaines, les soldats japonais ont pillé les lieux, n’hésitant pas à perpétrer des atrocités : massacres, meurtres, tortures et viols. Le massacre de Nankin est le pire exemple de ce que les Japonais ont pu accomplir sur le territoire chinois pendant cette guerre. De leur côté, les Chinois n’ont pas hésité à briser des digues et à noyer 11 villes et 4 000 villages pour ralentir la progression des Japonais.
 
Les enjeux de la guerre sino-japonaise ont rapidement rejoint les enjeux de la Deuxième Guerre mondiale, qui avait lieu simultanément. En 1940, les Japonais prenaient possession de l’Indochine. C’est à cette époque que le gouvernement américain a placé le Japon en embargo. En 1941, le Japon s’emparait de plusieurs colonies en Asie du Sud-est. En 1944, le Japon perdait le contrôle du Pacifique et capitulait en 1945, ce qui marquait en même temps, la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Les exercices

Les références

  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse