L'Église et la colonisation

Les rôles de l'Église auprès des Amérindiens

L'évangélisation des Amérindiens

L'un des objectifs principaux de la colonisation française en Nouvelle-France était de convertir et d'évangéliser les Amérindiens. Dès le premier voyage de Jacques Cartier, les Amérindiens suscitaient la curiosité des Français et ces derniers souhaitaient les initier à la foi chrétienne. Au sein des premiers arrivants se trouvaient toujours quelques hommes religieux. Ces derniers devaient assurer l'évangélisation des Amérindiens et nourrir la spiritualité des colons. Pour atteindre ces objectifs, la Nouvelle-France a besoin de missionnaires et de religieux.


Évangélisation d'Amérindiens en Nouvelle-France

La première congrégation religieuse à poser le pied en Nouvelle-France fut celle des Récollets. Liés aux Franciscains, les Récollets se sont installés près de Québec dès 1615, répondant ainsi à l'appel de Champlain. Les religieux ont essayé d'initier les Amérindiens à la foi chrétienne, mais l'entreprise fut un échec et très peu d'Amérindiens se sont convertis. Quelques années plus tard, en 1625, les Jésuites sont venus aider les Récollets dans cette mission d'évangélisation.


Les Récollets ont accueilli les Jésuites à leur arrivée en Nouvelle-France.

Les Jésuites s'installaient plus longuement dans les groupes autochtones. Ils y apprenaient la langue et la culture. Ainsi, ils pouvaient profiter du rapprochement culturel pour débuter leur mission d'évangélisation. En 1632, les Jésuites réalisaient une première mission au pays des Hurons, près du lac Ontario. En plus d'initier les Amérindiens aux croyances chrétiennes, les Jésuites les éduquaient. Encore aujourd'hui, on peut en connaître davantage sur l'expérience des Jésuites grâce aux documents rédigés, Relations des Jésuites, dans lesquels ils font le récit des événements vécus et de leurs réflexions.

Ayant appris la langue huronne, les Jésuites initient les Amérindiens au catholicisme en leur apprenant des prières traduites en langue huronne ainsi que des passages de la Bible. Après quelques essais de conversion infructueux, les Jésuites concluent que le moyen le plus efficace pour convertir les Amérindiens passera par l'éducation des enfants. Pour ce faire, les Jésuites créent une école religieuse à Québec en 1635 afin de convertir les jeunes Amérindiens.


Les Jésuites tentaient d'évangéliser les Hurons et restaient avec eux.

L'un des missionnaires jésuites les plus connus est Jean de Brébeuf. Arrivé en Nouvelle-France en 1625, il est envoyé aussitôt en Huronie où il apprend la langue et les moeurs des Hurons. Il est confronté aux mêmes difficultés que les autres missionnaires, c'est-à-dire à la résistance et à la violence des Hurons. Il effectuera plusieurs missions en Huronie. Toutefois, les guerres avec les Iroquois rendaient les voyages plus difficiles. Lors d'une mission, en 1642, Jean de Brébeuf est capturé et martyrisé par les Iroquois.

Les tentatives d'évangélisation sont loin d'être simples. D'abord, en étant constamment en contact avec les Européens, les Amérindiens étaient aussi en contact avec de nouvelles maladies qui ont provoqué des épidémies graves au sein de leur population. De plus, les Hurons étaient en guerre contre les Iroquois et ils consacraient plus de temps à la défense de leur tribu qu'à l'apprentissage d'une nouvelle religion.

D'autre part, les Jésuites semblaient négliger le fait que les Amérindiens avaient déjà une vie spirituelle riche (dieux, prières, cérémonies, objets sacrés, mythes). Les Amérindiens, attachés à leurs croyances et à leur culture, ne montraient que peu d'intérêt à la nouvelle religion. De plus, les Amérindiens ne ressentaient pas le besoin d'apprendre le français ou de s'initier au catholicisme puisque les relations marchandes se faisaient en langue amérindienne et sans égard à la religion.

L'éducation des Amérindiens

L'Église reçoit également le mandat de l'éducation, celle des Amérindiens ainsi que celle des colons. Marie de l'Incarnation arrive en Nouvelle-France quelques années plus tard. Elle fonde la congrégation des Ursulines en 1639 et ouvre une école qui accueille de jeunes Amérindiennes. Les soeurs de l'école souhaitent leur apprendre la langue, la religion et le mode de vie des Françaises. Plusieurs jeunes Amérindiennes s'enfuient et quittent l'école pour retourner vivre avec leur famille.


Les Ursulines enseignaient aux jeunes Amérindiennes.

La mission d'évangélisation était freinée par plusieurs facteurs : refus des Amérindiens de se convertir, peur des épidémies et possibilité d'entretenir de bonnes relations marchandes sans adopter la religion catholique. Pour surmonter ces obstacles, les congrégations religieuses se concentrent sur de nouvelles stratégies de conversion.

Les Jésuites ont fondé des réductions (sédentarisation dans une concentration urbaine) dans lesquelles ils réunissaient quelques Amérindiens. L'une d'elles fut fondée en 1637, près de Sillery. Au cours de leur séjour dans ces réductions situées tout près de seigneuries peuplées de colons français, les Amérindiens étaient initiés aux principes religieux et au mode de vie français. Ils établissaient aussi des liens entre la religion chrétienne et les croyances amérindiennes.

Outre les réductions, les groupes religieux ont également instauré des mesures pour convaincre les Amérindiens de se convertir. Par exemple, à partir de 1632, les objets, particulièrement les fusils, étaient vendus plus cher aux païens qu'aux chrétiens et, dès 1642, les cadeaux offerts aux Amérindiens étaient seulement destinés aux convertis. Les Français ont fondé une ville dont le but premier était de convertir les Amérindiens. C'est ainsi qu'est née Ville-Marie, aujourd'hui Montréal, en 1642.

Les rôles de l'Église dans la colonie

Rôle social (spiritualité, santé, éducation)

Plusieurs des premiers arrivants français en Nouvelle-France étaient des huguenots (surnom donné aux protestants français). Après la Réforme, plusieurs guerres religieuses ont perturbé la France. Les huguenots étaient persécutés et plusieurs sont partis vers la Nouvelle-France. Ils ont exploré les territoires du nouveau continent et ont participé à la fondation des premiers établissements. Les huguenots se sont intégrés rapidement aux catholiques. Outre la réussite de la mission d'évangélisation des congrégations religieuses, ces dernières devaient aussi assurer la vie spirituelle des colons, soutenir les familles en cas d'épidémie, d'incendie, de famine ou de conflits avec les Amérindiens.

Le rôle de l'Église dans la colonie est un important facteur de développement puisque les religieux ont pris en charge des aspects de la vie quotidienne que les administrateurs (plus intéressés par la traite des fourrures) laissaient de côté. C'est ainsi que les premières écoles, les hôpitaux, les orphelinats furent créés par des groupes religieux. Les services offerts par les groupes religieux sont gratuits et toutes les familles, peu importe leur santé financière, peuvent recevoir des traitements à l'hôpital. C'est en 1639 que l'Hôtel-Dieu de Québec a été fondé.

En 1658, Monseigneur de Laval arrive dans la ville de Québec, à ce moment habitée par seulement 2000 personnes. Il développe la ville en mettant en place des oeuvres sociales visant à combattre la pauvreté et à soutenir la population en guerre contre les Anglais. En 1674, Monseigneur de Laval fait en sorte que Québec devienne un évêché (territoire soumis à l'autorité d'un évêque) et crée plusieurs paroisses. Au début du 18e siècle, les églises de toute la Nouvelle-France sont dirigées par l'évêché de Québec.

L'Église se voit rapidement confier le mandat de l'éducation des garçons et des filles. Monseigneur de Laval fonde le Séminaire de Québec en 1663, assurant l'éducation des garçons. Par cette éducation, les Jésuites souhaitent attirer les garçons dans les ordres. Pendant ce temps, les Sulpiciens fondent aussi une école à Ville-Marie. Ils y éduquent également les garçons. Les deux écoles n'ont toutefois pas beaucoup d'inscriptions. Les colons et leurs enfants doivent travailler sur les terres ou apprendre un métier. Beaucoup d'élèves abandonnent.


Marguerite Bourgeoys et ses jeunes élèves

La première institutrice de Ville-Marie était également religieuse. Marguerite Bourgeoys donne son premier cours en 1659. C'est elle qui a accueilli et éduqué les filles du roi. Marguerite Bourgeoys s'assurait que l'emplacement était suffisamment grand pour accueillir toutes les élèves. Elle a également fondé la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.


La dernière maison dans laquelle Marguerite Bourgeoys a enseigné peut se visiter aujourd’hui. La Maison Saint-Gabriel a gardé son style d'antan.
 
Les Ursulines accueillent les jeunes filles françaises dans leurs écoles. Même en région, les soeurs enseignent aux jeunes filles et les prêtres, aux jeunes garçons. Lors de la fondation de Montréal, Jeanne Mance avait reçu le mandat de fonder un hôpital. L'Hôtel-Dieu de Montréal est inauguré la même année que la nouvelle ville. La fondatrice de l'hôpital s'engage à offrir tous les soins gratuitement. Les Soeurs Hospitalières se sont impliquées dans l'établissement afin de dispenser les soins.


L'Hôtel-Dieu de Montréal se situait à l'époque sur la rue Saint-Paul.

Toutes les institutions mises en place par les groupes religieux ont permis aux colons de profiter de services gratuits qui amélioraient leur sort. Ainsi, il était plus facile de convaincre les Français de s'établir en Nouvelle-France puisque des soins de santé et des écoles étaient présents.

Rôle politique

Il faut souligner le rôle politique des religieux. L'Église aura son mot à dire sur le développement de la Nouvelle-France en ayant, entre autres, un siège au Conseil souverain. De plus, ces missionnaires en territoires amérindiens faisaient de bons collecteurs d'informations. D'ailleurs, certains Amérindiens accusaient les missionnaires de les espionner.

Les exercices

Les références

Mise à jour : 13 juillet 2012
Matière(s) : histoire
Niveau(x) : secondaire 3, secondaire 4
  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse