L'État et la colonisation

Le mercantilisme et la colonisation avant 1663

Au début de la Nouvelle-France, le roi a confié le développement de la colonie aux compagnies. Ces dernières obtenaient les privilèges du monopole de la traite des fourrures et, en échange, devaient gérer le peuplement et le développement des richesses du territoire. Par contre, ces marchands étaient plus intéressés au commerce des fourrures qu’au peuplement de la colonie. C’est pourquoi, durant les premières années, peu de colons s’étaient installés en Nouvelle-France.

La métropole, c'est-à-dre la France, ne favorisait pas le développement économique et social de la colonie puisqu’elle obligeait les habitants de la Nouvelle-France à importer les produits français. En effet, la France craignait que sa colonie nuise aux manufactures françaises en produisant et exportant leurs produits. Les colons n’avaient donc pas le droit d’établir leurs propres manufactures et devaient importer tous leurs biens de France. Non seulement les biens importés étaient plus chers qu’en France, mais ils prenaient du temps à arriver et étaient plutôt rares. Dans cette politique marchande, la Nouvelle-France devait se contenter de fournir la France en matières premières. Les colonies françaises devaient être profitables pour la métropole.

Par ces politiques mercantilistes, la France n’encourageait pas le peuplement de sa colonie en Amérique du Nord. En 1663, il n’y avait que 3000 personnes en Nouvelle-France, dont 1250 enfants nés sur le territoire. La population vivait également un déséquilibre démographique puisqu’on comptait environ une femme pour six hommes.


Évolution de la population en Nouvelle-France jusqu'en 1663

Moins de 1% des terres fertiles étaient exploitées puisque les marchands de fourrures s’opposaient à l’exploitation agricole. Seule la traite des fourrures était une activité rentable, malgré le fait que Champlain pensait que des profits étaient possibles dans plusieurs autres domaines (pêche, mines, bois, chanvre, fourrures).

La colonisation après 1663

En 1663, Louis XIV était sur le trône de la France. Prônant la monarchie absolue, il a pris le contrôle de tout le royaume. Souhaitant augmenter le prestige de la France, il a montré de l’intérêt face aux colonies d’Amérique et a pris le contrôle de la Nouvelle-France. Il a retiré le contrôle des compagnies de traite de fourrures et fait de la Nouvelle-France une province française. Il nomme alors des dirigeants qui vont prendre le contrôle des différents aspects de l’administration de la colonie : un gouverneur (organisation militaire, relations extérieures, relations avec les Amérindiens et relations avec les colonies britanniques) et un intendant (peuplement, vie économique et développement des activités économiques).


Répartition de la population en Nouvelle-France entre 1665 et 1666 (cliquer pour agrandir)

Le roi a ainsi augmenté son emprise sur le territoire. Il a ensuite insisté pour améliorer le système de défense de la colonie en érigeant des forts et en assurant la paix avec les Iroquois. Il a pu développer la Nouvelle-France en s’appuyant sur le gouvernement royal qu’il a mis en place sur la colonie et au conseil souverain qui gérait les relations entre les colons.

Les actions prises par le roi et les gens qu’il avait choisis ont été efficaces puisqu’au début du 18e siècle, la Nouvelle-France couvrait un immense territoire. La population était répartie dans plusieurs régions de ce territoire : Acadie (1500 personnes), Terre-Neuve (250 personnes), région du Mississippi et des Grands Lacs (quelques centaines de personnes) et le territoire du Québec actuel (près de 20 000 personnes). La région la plus densément peuplée de la colonie couvrait une bande couvrant le territoire entre les villes de Québec et de Montréal. 80% de la population canadienne habite sur des terres agricoles.

Entre 1713 et 1744, la Nouvelle-France entreprenait la construction d’une fortification à Louisbourg servant à défendre le territoire et les zones de pêche ainsi qu’à faciliter les échanges commerciaux. Le développement de l’agriculture permettait d’ailleurs aux colons canadiens d’exporter leurs surplus vers les Antilles. La hausse de la population a favorisé l’émergence de nouvelles paroisses. Plusieurs industries ont également permis aux Canadiens de diversifier les activités économiques comme c'est le cas pour les Forges du Saint-Maurice et la construction navale. En 1735, une première route de terre relie les villes de Montréal et de Québec.

Malgré la diversification économique, les revenus liés à la traite des fourrures constituent encore près de 70% des revenus de la colonie. Les dépenses sont consacrées à près de 80% aux dépenses militaires : construction de fortifications et élaboration de stratégies de défense. Malgré la rentabilité de la traite des fourrures, la métropole, à la veille de la Guerre de Sept Ans, trouve que la colonie coûte cher et rapporte peu.

Le gouvernement royal (1663)

Lorsque le roi a repris le contrôle de la colonie en 1663, il a nommé plusieurs personnes pour diriger la Nouvelle-France. Ces personnes formaient le gouvernement royal. Le représentant du roi sur le territoire était le gouverneur. Ce dernier était responsable de la colonie, surtout des questions militaires et des relations avec l'extérieur de la colonie (avec la France, les Amérindiens et les colonies britanniques en Amérique). Le gouverneur est sous les ordres du ministre de la Marine. Ce dernier reste en France alors que le gouverneur s'établit en Nouvelle-France.

À part le gouverneur, l'évêque faisait aussi partie du gouvernement royal. Ce dernier était nommé par le roi et approuvé par le pape. L'évêque s'occupait des missionnaires, des hôpitaux et des écoles. Il était responsable de la gestion des paroisses en Nouvelle-France.

Aux côtés du gouverneur et de l'évêque se trouvait l'intendant. Il avait un poste moins prestigieux, mais profitait d'une plus grande influence sur la colonie. En effet, c'est l'intendant qui gérait les affaires internes de la colonie : ordre social, justice, affaires civiles, peuplement, développement économique. L'intendant de la Nouvelle-France le plus connu est Jean Talon.

Structure politique de la Nouvelle-France

Les décisions en Nouvelle-France sont prises par le gouvernement royal. Chaque membre du gouvernement a ses propres tâches et doit faire appliquer les décisions du roi. Toutefois, outre le gouvernement, la Nouvelle-France a aussi un Conseil souverain. Créé suite à la suggestion de Talon en 1663, ce conseil réunissait le gouverneur, l'intendant et cinq conseillers. En 1703, le nombre de conseillers s'élevait à 12 et le conseil prenait le nom de Conseil supérieur.

Cette organisation jouait le rôle d'une cour d'appel pour régler les affaires civiles et les affaires criminelles. Les membres étaient nommés par l'évêque et le roi. Le Conseil souverain assurait une structure judiciaire à la Nouvelle-France et facilitait la réglementation du commerce et de l'ordre public. En plus du gouvernement royal et du Conseil souverain, la colonie avait aussi des gouvernements locaux. La Louisiane, l'Acadie, Québec, Trois-Rivières et Montréal avaient chacun son gouvernement local et des sous-délégués de l'intendant. Ainsi, chaque région pouvait adapter l'administration en fonction de ses besoins.


Plan de la structure politique en Nouvelle-France  après 1663 (cliquer pour agrandir)
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L'effort de peuplement et les politiques de Jean Talon

Le roi et son ministre, Colbert, ont chargé Jean Talon de prendre en charge le peuplement et le développement économique de la colonie. C'est avec le nouveau titre d'intendant que Talon arrive à Québec en 1665. Le rôle d'intendant réunit les tâches suivantes : administrer la colonie, assurer l'ordre civil et la justice, promouvoir l'ordre public et développer les finances de la colonie. Par ailleurs, l'intendant devait aussi veiller au peuplement et au développement économique de la colonie. C'est aussi l'intendant qui fait appliquer les ordres du roi dans la population canadienne.


Jean Talon
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Le premier intendant de la colonie, Jean Talon, effectuera deux mandats en Nouvelle-France. Dès son arrivée, il affirmait que le peuplement du territoire ne peut passer que par le développement d'activités économiques. Au cours de ses deux mandats, il a mis en application un programme complet visant à stimuler ces deux aspects : économie et démographie. Il est arrivé dans une colonie désorganisée, aux prises avec un problème de population, des guerres avec les Iroquois et un manque d'activités économiques.

Peu de temps après son arrivée à Québec, des troupes de renforts sont arrivées pour combattre les Iroquois. Talon fait alors construire des forts le long du Richelieu afin de mieux défendre le territoire. En 1667, les Iroquois se rendent. Ensuite, Talon a mis en place plusieurs mesures pour encourager l'immigration en Nouvelle-France. Les nouveaux colons recevaient, dès leur arrivée, une terre, des outils, des denrées pour un an ou deux ainsi que deux acres de terre déjà semée. Durant 10 ans, entre 1665 et 1675, la Nouvelle-France a accueilli 1500 nouveaux colons.

L'espoir de Jean Talon était que ces nouveaux colons se marient et fondent des familles sur la colonie. Toutefois, le trop petit nombre de femmes en Nouvelle-France nuisait à cet objectif. Afin d'assurer l'équilibre démographique, Jean Talon a incité plusieurs jeunes filles françaises à migrer en Nouvelle-France. Souvent issues des orphelinats, ces jeunes filles, que l'on a surnommées les Filles du Roi, voyaient une occasion de visiter du pays et de s'assurer du travail et un avenir. En effet, ces filles recevaient une dot et des provisions et elles effectuaient le voyage aux frais du roi. Au cours des mandats de Talon, plus de 1000 Filles du Roi sont arrivées en Nouvelle-France. L'intendant les encourageait ensuite à se marier et à faire des enfants.


Arrivée des Filles du Roi en Nouvelle-France

Pour inciter les jeunes hommes à se marier, l'administration de la colonie retirait les droits de pêche, de chasse et de traite aux jeunes hommes célibataires. Pour reprendre ces droits, les jeunes hommes devaient se marier et fonder une famille.

L'intendant Talon a ensuite mis en application des mesures pour assurer un grand nombre d'enfants dans les familles des colons. En effet, les pères des familles les plus nombreuses avaient plus de chances d'être nommés aux postes administratifs. De plus, on offrait des rentes aux familles nombreuses : 300 livres par an pour les familles de 10 enfants et 400 livres par an pour celles de 12 enfants. Les jeunes hommes qui se mariaient avant l'âge de 20 ans recevaient aussi 20 livres. Fier de ses nouvelles mesures, Talon rapportait que l'année 1671 avait vu naître entre 600 et 700 enfants en Nouvelle-France. Entre 1666 et 1673, la population était passée de 3215 à 7605 habitants. Durant ses deux mandats, Talon effectuait souvent des recensements afin d'être constamment au courant de l'évolution démographique et du succès de ses entreprises.


Évolution de la population en Nouvelle-France (cliquer pour agrandir)
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Parmi les autres objectifs de l'intendant se trouvait l'intégration des Amérindiens. Il a tenté de convaincre les groupes autochtones de s'installer et de vivre auprès des colons et d'adopter leurs coutumes. Comme les autres tentatives de francisation et d'évangélisation des Amérindiens, celle de Talon ne fut pas un succès. D'ailleurs, les Français s'adaptaient plus aux coutumes amérindiennes que l'inverse. Devant le départ de plusieurs colons dans les forêts, devenant ainsi des coureurs des bois, Talon a interdit l'accès aux forêts à ceux qui ne possédaient pas de permis. Il souhaitait que les colons restent sur les terres et qu'ils fondent des familles.

Jean Talon a conclu son premier mandat en 1668 et est retourné en France. Le roi et Colbert étaient tellement satisfaits de ses accomplissements qu'ils ont insisté pour qu'il retourne en Nouvelle-France pour un second mandat. De retour en Nouvelle-France en 1669, il amorce une expansion de la colonie avec plusieurs explorateurs chargés de découvrir de nouvelles terres et de nouveaux territoires. Talon souhaitait aussi développer les exploitations minières en Nouvelle-France. Au départ de l'intendant en 1672, le roi ne nomme pas de deuxième intendant pour poursuivre le travail amorcé par Talon. La personne responsable de la colonie, Frontenac, est un militaire. Ce que Talon avait mis en place était encore récent et fragile. En quelques années, les efforts de Talon s'estompent et le roi envoie de moins en moins d'argent à la colonie.

Le renforcement du régime seigneurial

Le régime seigneurial, instauré en Nouvelle-France en 1627, est un mode de distribution et d’occupation des terres. Apparenté au système féodal, il implique qu’un territoire soit offert à une personne (un seigneur) afin qu’elle le redistribue à plusieurs personnes (des censitaires). Chaque habitant de la seigneurie (le territoire offert au seigneur) a des devoirs et des droits reliés à sa position. Ce régime de distribution des terres permet de coloniser de manière systématique le territoire : les terres sont occupées et travaillées dans un ordre cohérent.

En Nouvelle-France, les seigneurs ne sont pas nécessairement des nobles riches. Bien souvent, ce sont des militaires retraités qui obtiennent une terre sur la colonie. Le seigneur doit exploiter la terre qu’il a reçue. Généralement, il en garde une partie pour y établir son domaine et sa demeure. Il distribue le reste à plusieurs familles. Ces familles, les censitaires, devront exploiter les terres et payer une redevance au seigneur.

Le seigneur jouit de plusieurs privilèges : les censitaires travaillent pour lui, payent des taxes et donnent une partie de leurs récoltes. En échange, il doit construire et entretenir un moulin afin que tous les censitaires puissent moudre leurs grains. Le seigneur octroie également des permis de chasse, de pêche et de coupe de bois. Il peut également exiger que ses censitaires travaillent quelques jours par année dans la région qu’il occupe. Outre la construction du moulin, le seigneur a d’autres devoirs : favoriser le développement et le peuplement de sa seigneurie ainsi qu'assurer une présence dans sa demeure.

Les censitaires profitent d’une terre et peuvent la cultiver pour assurer leur subsistance. Ils ont toutefois l’obligation de mettre leur terre en valeur et d’y assurer une présence. Ils doivent aussi moudre leurs grains au moulin de leur seigneur et payer le cens (taxes, nourriture, farine) au seigneur. Les seigneuries en Nouvelle-France prennent la forme d’une longue bande de terre étroite. Ainsi, chaque seigneurie peut profiter d’un accès aux cours d’eau. Des chemins parallèles au cours d’eau relient les seigneuries les unes aux autres, ce sont des rangs alors que d’autres chemins relient le cours d’eau aux rangs, ce sont les montées.


Plan d'une seigneurie (cliquer pour agrandir)

Pour encourager les gens à s’établir sur les terres, les représentants du gouvernement royal ont mis en place des mesures incitatives. En effet, lorsqu’un nouveau colon arrivait, il avait droit à sa terre et à des denrées qui assureraient sa subsistance pour au moins un an. De plus, deux acres de son terrain étaient déjà défrichées et cultivées. En échange, ce colon devait défricher et cultiver deux acres de terres pour un prochain arrivant. Ainsi, les premiers mois dans la colonie étaient plus faciles pour les nouveaux arrivants.

Diversifications économiques, malgré le mercantilisme

Le nombre de terres cultivables en Nouvelle-France a considérablement augmenté durant les mandants de Jean Talon. L'intendant insistait aussi pour que les colons diversifient les cultures et produisent davantage. Il souhaitait ainsi exporter les surplus et assurer un revenu supplémentaire à la colonie. Aux cultures de blé, de pois et de haricots, Talon a ajouté celles du lin et du houblon. Ainsi, les colons pouvaient produire leurs propres tissus et leur propre bière, diminuant ainsi leur dépendance à la colonie. L'intendant a aussi introduit les métiers à tisser dans la colonie. Talon incitait aussi les colons à diversifier le bétail : des moutons et des chevaux se sont ajoutés aux troupeaux de boeufs et de porcs. La production fut d'ailleurs assez efficace pour que la colonie produise son propre cuir pour les chaussures des habitants. Jean Talon se vantait d'ailleurs de pouvoir se vêtir de la tête aux pieds de produits de la Nouvelle-France.

Toujours grâce aux initiatives de Talon, la première brasserie de la Nouvelle-France a vu le jour à Québec en 1668. L'intendant souhaitait aussi développer l'industrie forestière de la Nouvelle-France et d'exporter le bois en France et dans les colonies des Antilles. Talon voulait aussi mettre en place des chantiers de construction navale sur la colonie et amorcer une pêche commerciale dans les eaux du Saint-Laurent. Dès 1667, la colonie exportait du saumon, des anguilles et de l'huile de phoque aux Antilles. Il incitait ainsi les colons à cesser de pêcher pour leur subsistance, mais à pêcher pour exporter les ressources.

Ces échanges économiques ont modifié le mercantilisme de la métropole. En effet, les nouvelles relations commerciales entre ses colonies américaines ont favorisé l'essor du commerce triangulaire. Les navires construits au Canada quittaient à l'automne, chargés des produits de la Nouvelle-France (poissons, farine, pois, bois) et transportaient ces marchandises vers les Antilles. Les navires étaient de nouveau remplis avec les produits antillais (café, tabac, mélasse, rhum et sucre) et se dirigeaient vers la France. Une fois en France, les fourrures canadiennes étaient déchargées et les produits manufacturés français étaient envoyés en Nouvelle-France avec certains produits des Antilles. Ainsi, la métropole et ses colonies profitaient toutes des produits et des richesses de chaque région.


Le commerce triangulaire
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Relations entre la colonie et la métropole

Au début de la colonie, les relations entre la Nouvelle-France et la métropole ne sont que commerciales : la France expédie ses produits en Nouvelle-France et cette dernière lui envoie les fourrures. Toutefois, la nature de la relation entre la colonie et la métropole a changé lorsque Louis XIV a pris le contrôle de la colonie (en 1663). À partir de ce moment, des liens politiques plus solides sont installés. Le roi envoyait ses ordres au gouvernement de la Nouvelle-France et les membres de ce gouvernement produisaient des rapports sur la situation de la Nouvelle-France. Toutefois, la France fut aux prises avec des guerres en Europe. Dès lors, elle avait moins de ressources financières, moins de soldats et moins de temps à consacrer à la Nouvelle-France. Lorsque la colonie était aussi aux prises avec des guerres intercoloniales, la métropole ne pouvait pas envoyer les ressources et les appuis militaires suffisants.

Les exercices

Les références

Mise à jour : 13 juillet 2012
Matière(s) : histoire
Niveau(x) : secondaire 3, secondaire 4
  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse