Les effets sociaux de la deuxième phase industrielle au Canada

Développement du syndicalisme

L'industrialisation a suscité l'émergence de nouvelles classes sociales, dont la grande bourgeoisie. Cette classe investie dans les industries, les finances et le transport. La bourgeoisie est composée principalement d'Anglais et d'Écossais. Ils sont plus présents dans les grandes villes du pays comme Montréal et Toronto.

Au Québec, quelques francophones font partie de la moyenne bourgeoisie dont l'influence commerciale et économique se limite à la province ou à une région. Cette bourgeoisie s'implique beaucoup en politique et participe à la création d'institutions francophones, comme les presses d'affaires et les chambres de commerce.

Les industries ont besoin d'une grande quantité de main-d'oeuvre. Les quartiers près des usines regroupent les ouvriers. La classe ouvrière vit et travaille dans des conditions difficiles : 6 jours de travail par semaine (10 heures par jour), aucune garantie d'emploi, aucune assurance en cas de maladie ou d'accident, aucun régime de retraite, logements insalubres, etc.

Les conditions de vie pénibles des ouvriers font naître les premiers syndicats et les premiers moyens de pression pour obtenir de meilleures conditions de travail. Au cours de la première phase d'industrialisation, les syndicats regroupent et défendent uniquement les ouvriers spécialisés. Comme les syndicats ne sont pas légaux, ils doivent fonctionner comme des sociétés secrètes.

En 1872, les syndicats sont légalisés, mais leurs activités ne le sont pas nécessairement. D'ailleurs, rien n'oblige les patrons à reconnaître le syndicat qui représente leurs employés. Les premiers conflits porteront d'ailleurs sur la reconnaissance des syndicats. Ces conflits sont plus importants au cours de la deuxième phase d'industrialisation.

Les employeurs sont avantagés par la situation. Ils peuvent congédier les employés qu'ils veulent, quand ils le veulent. Ils peuvent également faire appel à des briseurs de grève pour remplacer les ouvriers en grève. Ainsi, le travail se poursuit et la grève n'affecte ni le rendement de l'usine, ni les profits des employeurs. Lors des manifestations des ouvriers, les patrons peuvent aussi faire appel à l'armée et aux milices.

Les premiers conflits de travail sont donc marqués par la violence. Avant 1914, l'armée intervient 30 fois lors des manifestations ouvrières. Les Chevaliers du Travail constituent alors le plus important regroupement syndical au Canada avec ses 20 000 membres.

En 1900, le gouvernement crée le Ministère du Travail. Ce dernier va pouvoir légiférer sur les relations de travail. En 1907, la Loi sur les enquêtes en matière de différends industriels est adoptée. Cette loi impose les ouvriers à respecter une période de conciliation avant de déclencher une grève légale. Par contre, cette loi concède encore une liberté totale aux employeurs. Les mouvements d'opposition vont se faire de plus en plus présents au sein des groupes ouvriers.

Des groupes d'ouvriers s'associent au syndicalisme industriel révolutionnaire. Ce mouvement souhaite d'abord réunir tous les travailleurs dans un seul organisme. Son but est de renverser le capitalisme et de redonner le contrôle politique et économique à la classe ouvrière. Ces gens s'inspirent d'idées révolutionnaires socialistes, communistes et/ou anarchistes propagées par des mouvements comme "L'internationale ouvrière".


Grève générale à Winnipeg en 1919
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La Première Guerre mondiale stimule le mouvement ouvrier et les affiliations aux groupes syndicaux augmentent.

En 1919, 400 grèves ont lieu, principalement au Québec et en Ontario. Trois de ces grèves sont des grèves générales qui mobilisent toute une ville, dont à Toronto et à Winnipeg. Toutes ces grèves sont réprimées dans la violence. Certains syndicats se radicalisent, comme le One Big Union (OBU). Au même moment, le Parti communiste du Canada est fondé.

Position de l'Église face aux syndicats

Les membres du clergé encouragent les ouvriers à ne pas se joindre aux mouvements syndicaux. L'Église joue alors un rôle social important au Québec, exerçant une forte emprise sur la morale, l'éducation et la vie culturelle. L'Église s'oppose aux idées libérales et aux partis politiques qui les défendent.

Ayant tenté de contrôler les hommes politiques, elle a abandonné l'idée, mais cherche à augmenter son influence sur la société en évolution. L'Église tente aussi de limiter les mouvements démographiques et veut freiner l'urbanisation, l'émigration aux États-Unis et l'industrialisation. Constatant qu'elle ne peut mettre un terme à cette évolution, elle veut alors rassembler les ouvriers québécois dans un syndicat canadien et catholique. Ainsi, le clergé peut augmenter son influence sur les ouvriers. L'implantation des syndicats catholiques fonctionne mieux dans les villes des régions qu'à Montréal où les syndicats internationaux sont plus populaires.

Dès 1907, les premiers syndicats catholiques sont fondés. Le clergé se pose contre les idées socialistes et anticléricales des groupes plus radicaux. Pour augmenter l'impact des groupes catholiques, le clergé crée une centrale syndicale catholique: la Confédération des travailleurs catholiques du Canada voit le jour en 1921.

Cette confédération souhaite mettre en place de nouvelles pratiques syndicales telles que la négociation et l'entente sur de meilleures conventions collectives. Ce groupe représente le quart des travailleurs syndiqués au Canada.


Délégués lors de la fondation de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada
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En 1931, les forces syndicales comptent sur 72 000 membres, ce qui ne représente que 10% des employés salariés. La plupart des travailleurs syndiqués sont des cheminots, des travailleurs de la construction ou des travailleurs de manufactures.

Mouvements démographiques

Évolution de la population

Entre 1891 et 1961, la population du Canada est passée de 4,8 millions à 18,2 millions. Les régions qui profitent le plus de cette évolution sont les régions de l'ouest du Canada (Colombie-Britannique et provinces des Prairies).

Ces dernières, récemment annexées à la fédération canadienne, se développent rapidement par la colonisation et l'arrivée de milliers d'immigrants. Ces derniers proviennent de l'Europe, dont beaucoup viennent d'Europe de l'Est et de la Scandinavie. Ils s'installent pour la plupart dans les villes ou encore dans les milieux ruraux des Prairies. Entre 1875 et 1914, c'est plus d'un million d'immigrants européens qui s'installent dans les Prairies. La fin du 19e siècle est également marquée par l'arrivée d'immigrants chinois qui vont participer à la construction des chemins de fer.


Immigrants arrivant à Winnipeg vers 1909
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Au Québec, le haut taux de natalité contribue aussi à l'évolution de la population.

Urbanisation

Tout comme lors de la première phase d'industrialisation, le développement urbain est lié au développement des industries et des manufactures. Les villes évoluent au 20e siècle. Le besoin d'organisation est plus important et les principes scientifiques ou liés au génie sont appliqués dans les transports urbains, la construction, la production et les communications.

Le début du 20e siècle voit également arriver les premières tours de bureaux dans le coeur économique et commercial des villes. Le mouvement se poursuit au début du 20e siècle, où le tiers des Québécois habite en ville. Montréal est la métropole canadienne et sa production industrielle représente la moitié de la production du Québec.


Évolution de l'urbanisation au Québec

Les premières décennies du 20e siècle accentuent le mouvement d'urbanisation et la proportion de la population qui habite en ville est égale à la population rurale aux débuts de la Grande Guerre. En 1931, la population urbaine constitue 60% de la population québécoise. À elle seule, Montréal compte 35% de la population de la province. La population de Montréal profite de l'arrivée des gens de la campagne et des nouveaux immigrants.

Dès les débuts du 20e siècle, Montréal revêt un caractère multiethnique important. Le développement des réseaux de transports en commun (tramway et, dès 1925, autobus) accentue les différences de quartier dans les villes. Les bourgeois peuvent aller vivre en banlieue, souvent en hauteur (Westmount, Outremont) loin de la pollution des usines et du bruit. Les ouvriers doivent rester dans les zones industrielles.

L'automobile s'implante aussi au cours du 20e siècle, forçant les villes à modifier les rues et les routes en fonction de ce nouveau moyen de transport, qui contribue également au développement des banlieues.


Montréal vue de Westmount vers 1920
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Au même moment, les régions se développent aussi grâce aux industries qui s'installent près des sources d'énergie hydroélectriques ou près ressources naturelles. C'est ainsi que les villes de Shawinigan et Arvida connaissent un essor important au début du siècle.


Shawinigan vers 1920
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Colonisation des régions du nord du Québec

La population canadienne-française augmente et les agriculteurs qui veulent cultiver leur propre terre doivent quitter les régions déjà cultivées. Ils partent donc à la recherche de nouvelles terres dans des régions moins développées telles que le Témiscamingue, l'Abitibi, la Mauricie et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ceux qui ne veulent pas coloniser ces terres difficiles à cultiver vont plutôt s'installer dans les villes ou choisissent l'émigration aux États-Unis. Dans les régions agricoles déjà développées, les agriculteurs délaissent l'agriculture de subsistance pour se lancer dans la production commerciale. Plusieurs choisissent l'élevage laitier ou les cultures spécialisées (production d'un seul produit sur la terre).

La colonisation du Témiscamingue a commencé dans les années 1880. Les premiers colons vont s'y établir d'eux-mêmes et ne reçoivent aucune aide de l'État. Ils vont rejoindre les Algonquins, les coureurs des bois et les communautés religieuses qui y vivent déjà.

Pour mieux encadrer les colons et leur installation, la Société de colonisation du Témiscamingue est fondée en 1885. Cette société s'occupe de l'aménagement des voies d'accès à la région et aux terres, gère la navigation sur le lac Témiscamingue et fait la promotion de la colonisation.

Dans les débuts, c'est également cette association qui s'occupe de la vente des lots aux colons. Ces derniers peuvent acheter des terres qui leur appartiendront s'ils respectent certaines conditions: assurer une occupation permanente durant deux années, défricher une partie du lot et construire une maison. S'ils respectent l'entente, ils possèdent la terre de manière officielle et peuvent en exploiter les ressources forestières.

Entre 1891 et 1921, la population du Témiscamingue passe de 1 072 habitants à 11 662.

Fort Témiscamingue en 1887
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La colonisation de l'Abitibi a commencé de manière plus tardive en 1911 autour des gares et des cours d'eau. En 1931, les 22 300 colons répartis dans les 23 localités vivent grâce à la beurrerie locale et à l'exploitation forestière.

En 1923, la découverte de gisements accentue le développement de la région. Entre 1925 et 1960, 60 mines ont ouvert en Abitibi. La région a accueilli de nombreux immigrants en provenance de l'Europe de l'Est.

Colons défrichant les terres en Abitibi vers 1925
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Émigration aux États-Unis

Amorcé au 19e siècle, le mouvement d'exode vers les États-Unis se poursuit au cours de la deuxième phase d'industrialisation. Les bonnes terres sont déjà toutes occupées au Québec et certains agriculteurs ne veulent pas être confrontés aux difficultés associées à la colonisation des régions plus éloignées. Plusieurs choisissent donc de quitter le Québec et de s'installer aux États-Unis. Plusieurs sont attirés par les terres, mais la plupart sont attirés par les opportunités d'emploi dans les manufactures américaines, qui ont besoin d'une main-d'oeuvre abondante. Entre 1850 et 1930, plus d'un million de Québécois ont préféré émigrer aux États-Unis.

Autres mouvements sociaux

Au Québec, les syndicats n'auront pas une influence uniquement sur le marché du travail. Les groupes syndicaux font aussi des pressions auprès du gouvernement pour obtenir d'autres éléments liés à la sécurité sociale.Ils tentent de convaincre de gouvernement de mettre en place des lois plus favorables aux travailleurs, de réformer le système électoral, de mettre en place un système d'enseignement gratuit et obligatoire. Ils exigent aussi la mise en place d'autres programmes sociaux: pensions de vieillesse, assurance-chômage et la nationalisation des services publics. Ces idées mettent en place un mouvement syndical plus modéré qui ne veut pas mettre fin au capitalisme, mais le réformer.

Des mouvements sont formés pour venir en aide aux pauvres et aux démunis. En 1846, la Société Saint-Vincent-de-Paul a sa première succursale au Canada. Cet organisme vient en aide à la population lors des épidémies et des crises économiques. Des associations et des coopératives de fermiers sont également fondées afin de diminuer leurs difficultés financières. En 1900, Alphone Desjardins fonde une coopérative d'épargne et de crédit, les Caisses populaires.

Les mouvements pour les droits des femmes

Au début du 20e siècle, les femmes n'ont pas un statut égal aux hommes. Par exemple, la femme mariée a le même statut légal qu'un mineur. Elle est soumise à son mari et ne peut effectuer aucune transaction ni signer aucun document sans l'accord de celui-ci. Les femmes n'ont pas les mêmes possibilités d'éducation, n'ont pas accès aux mêmes professions, n'ont pas le droit de siéger dans les chambres d'assemblée, les conseils municipaux ou les commissions scolaires. Elles n'ont pas le droit de voter non plus.

C'est à la fin du 19e siècle que des femmes surtout provenant de la moyenne bourgeoisie, commencent à se regrouper pour faire évoluer la situation. L'un de leurs premiers combats portera sur le droit de vote, influencé par les mouvements féministes des États-Unis et de l'Angleterre.

Les premières féministes du Québec sont principalement des anglophones de Montréal. Quelques femmes francophones essaient de défendre la cause, mais rencontrent plus de résistance, car l'Église catholique accorde moins de pouvoir aux femmes que les églises protestantes.

Deux groupes féministes voient le jour: le Young Woman's Christian Association (YWCA) - organisation de charité qui forme les ouvrières à travailler dans les maisons privées et sensibilise les femmes à la santé publique - et le Woman's Christian Temperance Union (WCTU) - organisme qui veut contrer l'alcoolisme et favoriser la prohibition de l'alcool (interdiction de vente et de consommation).

En 1893, le Conseil des Femmes du Canada est formé. Les membres ne sont pas tous d'accord sur les causes à défendre, mais les femmes qui en font partie apprennent à participer à la vie publique et à tenir des discours. Le conseil met en application divers moyens de pression, dont les campagnes, les lettres, les pétitions, les défilés et les délégations.

En 1910, la principale cause du Conseil sera l'obtention du droit de vote des femmes. Ce dernier sera obtenu en 1917, dans le contexte très particulier de la Grande Guerre, pour les élections fédérales (sauf pour les femmes autochtones). Pour certaines provinces, les femmes obtiennent le droit de vote l'année précédente. C'est le cas du Manitoba, de l'Alberta, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique.


Les membres du Conseil des Femmes du Canada en 1898
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Au Québec, la cause des femmes évolue plus lentement. Les groupes féministes se consacrent d'abord à l'accès aux études supérieures et aux professions libérales. Des collèges de jeunes femmes sont créés et certaines femmes s'inscrivent à l'université. Des avocats, des médecins et des notaires résistent à l'arrivée de femmes au sein de leur profession. Les femmes obtiennent le droit de pratiquer le métier d'avocat en 1941 et celui de notaire en 1956.

Au Québec, les femmes n'obtiendront le droit de vote au provincial qu'en 1940. Les mouvements féministes seront aussi actifs après la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Les exercices

Les références

Mise à jour : 01 octobre 2012
Matière(s) : histoire
Niveau(x) : secondaire 3, secondaire 4
  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse