Les effets sociaux de la première phase industrielle au Canada

Mouvements démographiques du 19e siècle au Canada

La première phase industrielle a engendré de nombreux mouvements démographiques au 19e siècle.

L'urbanisation

L'urbanisation, c'est le processus complexe qui fait évoluer une société rurale (dont la population et les activités économiques se concentrent dans les campagnes) vers une société urbaine.
Les activités économiques se développent dans les villes et la population devient éventuellement plus nombreuse en milieu urbain qu'en milieu rural. Bien que l'urbanisation soit très liée à l'industrialisation, il ne faut pas oublier que les villes existaient bien avant l'arrivée des usines.

Celles-ci, au début du 19e siècle, se développaient grâce aux intérêts commerciaux des grands marchands. Les villes étaient déjà au coeur du commerce régional ou interrégional. Les plus grandes villes, dont Montréal et Québec, étaient le centre économique et financier de leur région.

Vers 1800, seulement 5 % de la population du Canada habite en ville. Tout au long du 19e siècle, cette proportion augmente rapidement (1867: près de 20 % de la population du Québec; 1897: plus du tiers de la population du Québec).


Évolution de l'urbanisation au Québec (cliquer pour agrandir)
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Au début de l'industrialisation, les entrepreneurs profitent des nouveaux moyens de production, grâce à la machine à vapeur et aux autres machines. Le processus de production est mécanisé et les lieux de productions sont centralisés.

Les propriétaires d'usine ont besoin d'une grande quantité d'ouvriers. Ces derniers n'ont pas à être aussi qualifiés que les artisans puisqu'ils n'effectuent qu'une seule tâche de la production. Les entrepreneurs peuvent également compter sur les nouveaux moyens de transport: navires à vapeur et chemin de fer.

Les usines s'implantent près de ces axes de transport (canaux, ports, chemin de fer, gares). De nouveaux quartiers ouvriers sont créés à proximité des usines. Les villes se modifient donc rapidement dès les débuts de l'industrialisation.

Ces changements s'accentuent grâce à l'arrivée constante de nouveaux citadins. Tant les nouveaux immigrants que les Canadiens Français qui quittent les campagnes se retrouvent dans les villes, à la recherche d'un travail dans l'une des nombreuses entreprises. Dès 1870, un réseau urbain important se crée au Canada autour des deux villes les plus développées : Montréal et Toronto.

En peu de temps, le visage des villes est modifié. Les nouvelles classes sociales (ouvriers, patrons) ont créé de nouveaux quartiers. Les riches propriétaires et les ouvriers habitent dans des quartiers bien différents. Les zones résidentielles, commerciales et industrielles sont différenciées. Rapidement, les dirigeants des villes sentent le besoin d'organiser la ville et d'offrir de meilleurs services. Ils se rendent compte qu'il faut organiser le développement de la ville: quartiers, parcs, transports, communication, etc.


Quartier ouvrier à Québec vers 1890
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Au Québec, les villes qui se développent le plus au cours de cette période sont Montréal, Québec, Hull, Sherbrooke, Valleyfield, Saint-Hyacinthe, Saint-Jérôme et Magog. Sauf Québec et Montréal, qui sont plus peuplées, ces villes comptent en moyenne entre 10 000 et 14 000 habitants.


Valleyfield, vers 1900
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L'essor rapide des villes et le développement de nouveaux quartiers en peu de temps ont occasionné de nouveaux problèmes que les dirigeants ont dû régler.

Les menaces d'incendie étaient préoccupantes. Le feu se propageait rapidement dans les denses quartiers ouvriers et pouvait détruire plusieurs maisons et mettre plusieurs centaines de familles à la rue en même temps. Les associations de pompiers volontaires ne répondaient plus à la demande, c'est pourquoi les municipalités ont mis sur place des services d'incendies permanents dont plusieurs postes étaient répartis dans la ville.

D'autre part, au début du siècle, les villes n'avaient pas de réseau d'aqueduc. Privés d'eau courante, les citadins devaient acheter leur eau aux vendeurs qui circulaient dans les rues avec des barils. Ces vendeurs ne pouvaient plus subvenir aux besoins en eau de toute la population. Pour remédier à la situation, les municipalités ont instauré des réseaux d'aqueduc.


Le réseau d'aqueduc de Montréal en 1876 (cliquer pour agrandir)
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Ce faisant, l'eau courante pouvait alimenter la population en eau, tout en assurant un approvisionnement suffisant pour éteindre les feux.

Les inondations posaient aussi des problèmes aux villes. Fréquentes dans les ports, elles étaient plus fortes au printemps lors de la crue. À Montréal, après la crue printanière de 1888, un mur de protection a été créé pour éviter les inondations dans les quartiers de la ville.

Parmi les autres services publics que les municipalités ont dû mettre en place dans la deuxième moitié du 19e siècle, on trouve également les égouts, le gaz, l'éclairage des rues, le transport en commun, le service de police. Au départ, les services ne sont pas assurés par les villes, mais par des compagnies privées. Les villes étaient responsables de la réglementation.

Les transports en commun se sont développés au même moment. Avant cela, les ouvriers se déplaçaient à pied tandis que les riches pouvaient se payer les services d'un cocher ou bien avoir leur propre cheval. Dès 1861, les premiers tramways roulaient à Montréal et à Québec. Ces derniers étaient sur des rails, mais étaient tirés par des chevaux. Les premiers tramways électriques ont commencé à rouler en 1892.


Tramway sur la rue Sainte-Catherine à Montréal en 1895
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D'autres villes se dotent également d'un tel service de transport public. Si bien qu'au début du 20e siècle, les villes de Hull, Lévis, Sherbrooke et Trois-Rivières ont leur propre réseau de tramway. Ce moyen de transport facilite les déplacements urbains et permet aux ouvriers d'habiter plus loin des usines. Le tramway a grandement collaboré au développement des villes de banlieue.

Montréal au 19e siècle

Dès les débuts de l'industrialisation, Montréal s'est imposée comme centre industriel du Canada. Sa position était grandement avantageuse : circulation maritime possible (grâce au port), navigation à l'intérieur du continent (grâce aux canaux), transport terrestre facilité par le réseau ferroviaire (qui relie les régions du Canada aux centres industriels américains).

Montréal est aussi la ville qui a le plus profité des mouvements migratoires. En effet, entre 1871 et 1901, sa population est passée de 107 000 habitants à 268 000 habitants (325 000 en incluant les villes en banlieue). Plusieurs centaines d'usines emploient des milliers d'ouvriers. Les hommes d'affaires prospèrent du Canada sont concentrés à Montréal. À l'époque, la population francophone constitue près de 60 % de la population montréalaise, mais les dirigeants d'entreprises sont majoritairement anglophones.

Les quartiers de Montréal sont plus distincts. Les commerces et les édifices administratifs sont concentrés dans le Vieux-Montréal. Les grandes résidences des bourgeois sont situées sur les pentes du mont Royal. Les usines se sont implantées près des axes de transport (canal Lachine, gares). Des quartiers ouvriers ont émergé près des usines. Avec l'arrivée constante de nouveaux citadins, la population a dépassé les limites de la ville, donnant ainsi naissance à de nouvelles villes de banlieue: Hochelaga, Saint-Jean-Baptiste, Sainte-Cunégonde et Saint-Henri.


Maisons dans un quartier ouvrier de Montréal, vers 1903
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Québec au 19e siècle

La population de Québec ne connaît pas la même progression que Montréal. Moins d'usines occupent le territoire. De plus, plusieurs activités économiques importantes à Québec au début du 19e siècle ont connu un déclin après le début de l'industrialisation.

Le commerce du bois, la construction navale et les activités portuaires occupaient moins de place dans l'économie. En 1867, les parlementaires et les fonctionnaires ont délaissé Québec pour Ottawa. Pour toutes ces raisons, la population de Québec est passée de 60 000 habitants vers 1871 à 70 000 habitants vers 1901.

Les quartiers ouvriers se sont développés de la même manière que dans les autres villes : quartiers pauvres près des usines et beaux quartiers riches appartenant aux entrepreneurs plus loin. Les édifices commerciaux sont situés près du port, dans l'ancienne basse-ville. Un nouveau quartier ouvrier est créé: Saint-Sauveur.

Impacts sociaux de l'industrialisation : conditions de vie et syndicalisation

L'industrialisation a mené à la création d'une nouvelle élite sociale: la bourgeoisie. Cette dernière formait une minorité au sein de la population, mais dirigeait les activités économiques du Canada. Ce sont les grands marchands, hommes d'affaires et professionnels. Une autre classe vivait dans une aisance relative, mais précaire. Les professionnels, les grands agriculteurs, les commerçants et les artisans font partie de cette classe. La plus grande partie de la population se trouvait dans la couche inférieure: ouvriers, journaliers, agriculteurs. Ces gens vivaient dans la pauvreté.

En 1891, le Québec compte 117 389 travailleurs dans les industries, ce qui représente le tiers de la population active de la province. Parmi ces ouvriers, on trouve près de 23 000 femmes et près de 10 000 jeunes de moins de 16 ans (dont plusieurs ont même moins de 12 ans).

En plus des problèmes d'organisation des villes que l'urbanisation a suscités, des défis sociaux sont apparus. Les quartiers ouvriers près des usines avaient de graves problèmes d'insalubrité. Les ouvriers payaient cher pour un logement petit, mal éclairé, mal aéré, mal chauffé, humide, sans eau courante et sans toilette intérieure. Comme il n'y avait pas de collecte de déchets, les citadins laissaient leurs déchets dans la rue ou dans leur cour arrière. Ces conditions malsaines, cumulées avec la densité de population des quartiers participaient à la propagation des maladies et aux épidémies. La mortalité était très élevée, surtout chez les enfants, dont la plupart mouraient avant l'âge de un an.

En 1876, la ville de Montréal a créé le Bureau de santé, responsable d'établir une réglementation en matière d'hygiène.

Suivant cet exemple, l'Assemblée législative a voté, en 1886, pour mettre en place le Conseil provincial d'hygiène afin que chaque ville se dote d'un bureau local de santé. À partir de 1890, le code du bâtiment légiférait sur le zonage et les plans d'aménagement des quartiers de la ville. Les municipalités constatent qu'il faut planifier le développement des villes afin d'y prévoir des parcs, des espaces verts, des édifices publics, etc. Un mouvement pour rendre les villes plus belles et plus agréables a permis aux villes d'être plus aérées et de proposer des installations récréatives à ses habitants. C'est la raison pour laquelle on a planifié, dès 1870, l'aménagement du mont Royal, par le même architecte que pour Central Park à New York. Pour les municipalités, les parcs deviennent un besoin pour assurer la vitalité de la ville et des citadins.


Bureau d'inspection du gouvernement, pour éviter les épidémies dans les quartiers ouvriers, 1850
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Outre les conditions insalubres qui régnaient dans la ville et dans les logements, les ouvriers étaient aux prises avec les difficiles conditions de travail : journées de 12 heures, entre 60 et 72 heures de travail par semaine, pas de congé ou vacances, pas d'assurances en cas de blessure ou de maladie, risques élevés d'accident, mises à pied fréquentes, discipline violente du contremaître, amendes infligées aux ouvriers, peu d'hygiène (pas de toilettes, pas d'eau), etc.

Les ouvriers surveillaient des machines tout au long de leur journée de travail, le travail était long et monotone. Plusieurs centaines d'employés étaient réunis dans les grands bâtiments de plusieurs étages.

De plus, le maigre salaire ne permettait même pas aux ouvriers de subvenir aux besoins de leur famille. C'est pourquoi plusieurs femmes et enfants travaillaient également dans les usines. C'est pour défendre leurs intérêts et obtenir de meilleures conditions de travail que les ouvriers ont commencé à se regrouper au sein des organisations syndicales. Les syndicats servent à défendre les intérêts des employés: obtenir de meilleurs salaires ou de meilleures conditions d'emploi, défendre des collègues, etc.

Syndicalisation

L'idée de se regrouper n'est pas nouvelle. En effet, les artisans spécialisés avaient déjà formé des syndicats de métiers. Dès les débuts du 19e siècle au Canada, on trouvait des syndicats de charpentiers, d'imprimeurs, de tailleurs, etc. Les artisans spécialisés défendaient ainsi leurs intérêts grâce à leur alliance. Avec l'arrivée des premières industries, les syndicats ont servi aux ouvriers spécialisés. Ayant une formation spécifique, ils étaient plus difficiles à remplacer et profitaient de meilleures conditions de travail.

Dès 1850, ces associations établissent des liens avec les groupes ouvriers des États-Unis ou de l'Angleterre. Cette alliance permet aux syndicats de représenter les travailleurs sur tout le continent et d'établir des normes communes dans toute l'Amérique du Nord. Au Québec, la situation est différente puisque les associations syndicales locales hésitent à s'allier aux syndicats nationaux. Ils trouvaient qu'ils n'accordaient pas assez d'importance à la langue et à la culture francophone.

Ces groupes faisaient des pressions sur les employeurs pour obtenir de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail. Les syndicats pouvaient également offrir du secours mutuel à ses membres en cas de maladie, d'accident ou de mortalité.

Les entrepreneurs ont tenté d'éliminer ces associations d'ouvriers spécialisés au début de l'industrialisation en faisant appel à plus d'ouvriers non qualifiés et à la machinerie. Les employeurs souhaitaient diminuer les coûts de production pour augmenter leurs profits. Les syndicats d'ouvriers qualifiés protégeaient leur emploi, leurs conditions de travail et leur salaire. Par contre, les ouvriers non qualifiés ne pouvaient compter sur aucune organisation pour défendre leurs intérêts. Plusieurs conflits de travail sont nés à cette époque. Les ouvriers non qualifiés utilisent des moyens de pression (comme la grève), mais ne se sont pas suffisamment préparés pour obtenir satisfaction.

Par ailleurs, jusqu'en 1872, les organisations syndicales étaient interdites par le Code criminel. Les premiers syndicats devaient donc fonctionner comme des sociétés secrètes.

Les premiers syndicats tentent surtout d'éduquer les ouvriers puisqu'ils n'ont pas vraiment les moyens de convaincre les employeurs. Avec la Loi des syndicats ouvriers, les activités syndicales sont légales, mais pas les moyens de pression adoptés, dont les grèves, qui demeurent illégales. Ce qui n'empêche tout de même pas les ouvriers de déclencher des grèves illégales.

1872 est également marquée par des manifestations ouvrières à Toronto et à Montréal pour obtenir une journée de 9 heures de travail. D'autres organisations syndicales voient le jour, dont le Syndicat du travail de Montréal (en 1873).


Grève des journaliers du Port de Montréal, 1877
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La situation change en 1880, avec l'arrivée des Chevaliers du travail. Ce groupe, né à Philadelphie en 1869, veut regrouper tous les travailleurs de l'Amérique du Nord, sans égard au métier, à la formation, au sexe, à la religion ou à l'origine ethnique. Ce groupe syndical souhaite éliminer les différences entre les groupes ouvriers. En 1894, un jour férié est instauré tous les premiers lundis du mois de septembre, c'est la fête du Travail.

En 1896, la première centrale syndicale moderne voit le jour: la Fédération américaine du travail dont fait partie le Congrès des métiers et du travail du Canada. Le groupe peut amorcer des négociations pour obtenir de meilleures conditions de salaire. Sauf que les patrons résistent à ces nouvelles procédures. En effet, les patrons préféraient négocier avec un seul ouvrier à la fois. Les grèves étaient de plus en plus fréquentes. Les premières grèves étaient violemment réprimées par l'armée. Mais les associations syndicales ont mieux encadré les grèves et ainsi augmenté les chances de succès. Malgré l'alliance des groupes syndicaux, le succès demeurait plus élevé lorsqu'il s'agissait d'ouvriers qualifiés puisqu'ils sont plus difficiles à remplacer.

Les exercices

Les références

Mise à jour : 15 octobre 2012
Matière(s) : histoire
Niveau(x) : secondaire 3, secondaire 4
  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse