L'économie du Bas-Canada

Situation économique du Bas-Canada

En 1792, l'économie du Bas-Canada est prospère : l'agriculture du blé se porte bien et la traite de fourrures constitue encore une part importante (50% des exportations) de l'économie. Les marchands anglais contrôlent et dirigent 90% de l'économie du Bas-Canada à partir de Montréal. Ils profitent d'un vaste territoire qui leur permet d'exporter 600 000 peaux de castor chaque année. Leurs représentants contrôlent le territoire jusqu'à l'océan Pacifique et jusqu'aux régions nordiques du continent.

En bref, l'économie du Bas-Canada fait partie des échanges commerciaux internationaux. Par contre, dès le début du 19e siècle, la situation économique change radicalement : les récoltes de blé sont minimes et la traite des fourrures s'effondre.

Crise agricole et modifications des pratiques

Les terres agricoles rentables sont occupées et exploitées depuis longtemps. La culture du blé, pratiquée depuis la Nouvelle-France, a appauvri les sols. Le blé est moins résistant et les récoltes diminuent rapidement. Les agriculteurs délaissent peu à peu la culture du blé pour se tourner vers une agriculture de subsistance. La production de blé, qui représentait 60% de l'agriculture en 1800, passe à 22% en 1827 pour chuter à 4% en 1844. En contrepartie, la production de légumineuses et de pommes de terre augmente, mais ces cultures ne sont pas suffisantes pour en faire la commercialisation. Dès lors, l'agriculture n'est plus une activité économique importante pour le Bas-Canada. Pour les seigneurs, les terres ne rapportent plus autant qu'auparavant. Quelques-uns décident de concéder leurs terres pour attirer des manufactures ou pour faire de l'exploitation forestière.

Au début du 19e siècle, l'économie est aussi marquée par l'essor du commerce du bois, qui permet au Bas-Canada de développer un nouveau type d'économie.

Protectionnisme de l'Angleterre et blocus de Napoléon

La politique de l'Angleterre face à ses colonies, dont le Bas-Canada, est assez simple : la colonie doit servir de marché pour la vente des produits de la métropole (fromages, textiles, chaussures, produits transformés). En échange, la colonie doit exporter les ressources naturelles dont la métropole a besoin.

Cette politique est devenue encore plus importante lors du blocus continental de Napoléon, en 1806. Alors en guerre contre l'Angleterre, Napoléon souhaitait affaiblir son adversaire. Il a ainsi obligé les ports européens à cesser tout échange commercial avec l'Angleterre. Ainsi, les Britanniques ne pouvaient plus vendre leurs produits aux marchés européens, tout comme ils ne pouvaient plus en acheter. Le blocus de Napoléon a alors forcé la Grande-Bretagne à augmenter ses échanges commerciaux avec ses colonies, particulièrement celles d'Amérique du Nord. Les États-Unis profitent aussi du blocus en augmentant considérablement leurs exportations.


Carte des pays européens participant au blocus continental (cliquer pour agrandir)
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Comme la marine britannique a besoin de navires, elle doit trouver un nouveau marché pour se procurer le bois dont elle a besoin. Le commerce du bois a pris de plus en plus d'importance dans l'économie du Bas-Canada. La ville de Québec a aussi profité de la situation puisque toutes les marchandises (exportées et importées) transigeaient par le port de Québec. Le Bas-Canada importait aussi des marchandises de plusieurs pays : sels (Portugal), du savon (Espagne), du riz (États-Unis), du thé (Chine), du métal (Suède), des vins, du cognac et du champagne (France).

L'exploitation forestière a permis au Bas-Canada de créer une nouvelle prospérité économique. Ici, on voit l'exploitation forestière du début du 19e siècle au Nouveau-Brunswick.


L'exploitation forestière au Bas-Canada

Or, le bois du Bas-Canada coûte cher pour l'Angleterre, à cause de la grande distance qui les sépare. Pour compenser ce coût de transport, l'Angleterre vote un tarif préférentiel en faveur de ses colonies. C'est l'équivalent d'une politique protectionniste où la métropole, dans le but de protéger l'économie de ses colonies, accepte de payer plus cher les produits coloniaux dans le but de développer leur économie. Cette politique économique a eu des impacts importants sur l'économie du Bas-Canada. En 1810, les fourrures ne représentaient que 9% des exportations, la production agricole, 15% et le bois, 74%.

Développement de l'économie forestière et ses effets

Le développement de l'économie forestière a provoqué la mise en place de nombreux chantiers forestiers au Bas-Canada. Plusieurs d'entre eux se situent dans la vallée de l'Outaouais, dans les Cantons de l'Est ainsi que dans les régions de Québec et de Trois-Rivières. Le Bas-Canada expédie du bois de construction, du pin, du chêne et des douves (planches de bois servant à la fabrication des tonneaux) en Angleterre. Parallèlement, la construction navale se développe considérablement à Québec.

La nouvelle économie forestière a collaboré à l'émergence d'une nouvelle bourgeoisie commerciale, contrôlée par les marchands de Québec et de Montréal. Originaires de la Grande-Bretagne pour la plupart, ils faisaient confiance au système commercial en place. Ils ont investi d'importantes sommes d'argent dans les activités économiques régionales. Ces marchands profitaient de leurs contacts avec l'étranger (Londres, Antilles, Europe, Haut-Canada, États-Unis, Maritimes), ce qui a fait que la marine marchande du Bas-Canada s'est amplement développée.


Le port de Québec au 19e siècle
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Le commerce du bois forçait aussi ces investisseurs à mettre en place de nouvelles institutions économiques qui faciliteraient les échanges. C'est ainsi que sont nées les premières banques du Bas-Canada. En 1817 était fondée la Bank of Montreal. Comprenant 289 associés, la banque a collaboré à l'activité économique du Canada puisqu'elle pouvait, entre autres :

  • émettre ses propres billets de banque;
  • offrir des prêts commerciaux aux marchands;
  • offrir un lieu sûr pour entreposer les fonds;
  • financer le commerce outre-mer;
  • financer les projets (construction des canaux, des routes).

En 1818, la Banque de Québec était fondée par les commerçants. Les marchands ont mis sur pied d'autres institutions telles que des compagnies d'assurance et des sociétés de transport maritime.


Chantier naval de Cape Cove à Québec en 1865
Bibliothèque et Archives Canada, acquisition 1975, pièce 128, PA-103102


Exemple de construction navale au 19e siècle
Source : Tall Ships and Master Marines. Breakwater, Newfoundland. 1985

La construction des canaux

À l'époque, peu de routes terrestres permettaient le transport des marchandises. C'est pourquoi ces dernières voyageaient principalement par bateau. Expédiées à Québec, elles pouvaient ensuite quitter vers les pays étrangers. Par contre, plusieurs obstacles maritimes empêchaient les navires de circuler dans certaines régions du pays. Par exemple, les navires ne pouvaient pas franchir les rapides de Lachine. C'est pourquoi les marchands et les banques ont investi dans la construction des canaux qui allaient faciliter le commerce et le transport. Les marchands du Canada savaient que les Américains construisaient le canal Érié. Ce dernier permettrait aux navires d'atteindre New York et les marchandises ne transigeraient plus par Québec. Le Haut et le Bas-Canada devaient aménager leurs propres canaux et leurs écluses. C'est pourquoi les marchands ont insisté pour que l'aménagement des canaux soit amorcé. Ils ont financé, à l'aide des banques et du gouvernement, l'aménagement de ces canaux.


Carte des canaux construits au 19e siècle

La construction du canal de Lachine s'est amorcée en 1821 et s'est terminée en 1825. Il fut le premier canal du Canada et il contournait les rapides de Lachine. D'autres canaux ont également été aménagés:

  • Le canal Rideau (construit entre 1826 et 1832) établissait un lien entre la rivière des Outaouais et le lac Ontario (à Kingston). Une ville fut créée à l'arrivée du canal sur la rivière des Outaouais. Bytown (nommée en l'honneur de John By qui a fait construire le canal) fut fondée en 1826 avant d'être renommée Ottawa en 1855;
  • Le canal Welland, construit en 1829, permettait aux navires d'éviter la rivière Niagara et les chutes du même nom;
  • Le canal Chambly, construit entre 1833 et 1843, reliait le Richelieu au lac Champlain et facilitait l'exportation des produits forestiers aux États-Unis.


Le canal Lachine au milieu du 19e siècle
Source

Le réseau de canaux permettait ainsi aux produits forestiers du Haut-Canada d'être transportés jusqu'à Québec.

Les exercices

Les références

  • MELS
  • Rogers
  • Réunir Réussir
  • Fondation Réussite Jeunesse